Un an après la reprise Mossoul, les capacités des structures médicales de la ville sont toujours réduites de 70% (+ WEBCLIP et BROLL))

Lundi 9 juillet 2018 — Bonjour,

Il y a un an, les forces irakiennes reprenaient la ville de Mossoul au groupe Etat Islamique, mettant fin à la sanglante bataille de Mossoul. Mais aujourd'hui, le système de santé est toujours en ruines et peine à faire face à l'afflux de personnes qui reviennent en ville. Pourtant, les conditions de vie toujours très difficiles - mauvaise hygiène à cause du manque d’eau et d’électricité, bâtiments endommagés, présence d’engins explosifs improvisés et d’objets piégés... - présentent également un risque pour la population et augmentent le besoin de structures de santé

Vous trouverez ci-dessous un communiqué expliquant la situation ainsi qu'un webclip et un B-Roll. Pour info, des interviews sont possibles à Bruxelles.

Cordialement,

Raphaël Piret

Un an après la reprise Mossoul, les capacités des structures médicales de la ville sont toujours réduites de 70%

Un an après la fin officielle de la bataille de Mossoul entre le groupe État islamique (EI) et les forces irakiennes, le système de santé est toujours en ruines et ne peut pas faire face à l’afflux des milliers de personnes qui reviennent dans la ville.

Durant le conflit, neuf hôpitaux publics sur treize ont été endommagés à Mossoul, réduisant la capacité  de prise en charge et le nombre de lits d’hôpitaux de 70%. La reconstruction des structures de santé est particulièrement lente, et la ville dispose de moins de mille lits d’hôpitaux pour une population totale de 1,8 million de personnes, soit la moitié des normes minimales internationales régissant les soins de santé dans un contexte humanitaire.

« L’accès aux soins est un défi quotidien pour des milliers d’enfants et d’adultes à Mossoul », explique Heman Nagarathnam, chef de mission de MSF en Irak. « La population de la ville augmente chaque jour. Rien qu’en mai 2018, près de 46 000 personnes sont revenues s’installer à Mossoul. Mais le système de santé publique ne s’est toujours pas remis, et l’écart entre les services disponibles et les besoins de la population ne cesse de se creuser. Des services d’urgence, chirurgicaux, oncologiques et de prise en charge des grands brûlés sont requis de toute urgence, ainsi que davantage de matériel médical et un approvisionnement continu et abordable en médicaments. »

Les autres besoins comprennent notamment des services de santé mentale afin d’aider les personnes à surmonter les traumatismes liés aux violences qu’elles ont subies et à la perte de proches, ainsi que des services de suivi chirurgical, de gestion de la douleur et de kinésithérapie pour les blessés de guerre qui souffrent depuis des mois car ils n’ont pas accès aux soins dont ils ont besoin pour se remettre de leurs blessures.

En mars 2017, Nashwan*, 42 ans, s’est fait tirer dans la jambe et le dos par un tireur embusqué à Mossoul alors qu’il achetait de la nourriture. Depuis, il vit dans l’agonie sans pouvoir bénéficier de soins adaptés.

« À la maison, la douleur a commencé à se faire de plus en plus vive dans ma jambe et dans la hanche, jusqu’à devenir insupportable », explique Nashwan. « En octobre 2017, je me suis donc rendu à l’hôpital général de l’ouest de Mossoul. Ils ont fait une radio et des examens, et m’ont dit que je devais subir une importante opération. Mais ils n’étaient pas en mesure de la faire eux-mêmes. »

« Ma vie a vraiment été très difficile ces derniers temps. Cette blessure a eu un impact négatif sur ma vie - ma famille, la façon dont j’interagis avec mes enfants. Je ne peux pas jouer avec eux. Je ne peux pas travailler, donc nous n’avons plus de revenu. J’ai été très déprimé. »

Les conditions de vie très difficiles à Mossoul – mauvaise hygiène à cause du manque d’eau et d’électricité, les bâtiments endommagés, et la présence d’engins explosifs improvisés et d’objets piégés – présentent également un risque pour la population et augmentent le besoin de structures de santé.

Au sein de l’hôpital de MSF dans l’ouest de Mossoul, l’équipe a constaté ces douze derniers mois un changement dans le profil des blessés traités, passant de blessures de guerre à des blessures causées par des mines, et plus récemment encore, à des blessures et à des problèmes liés aux conditions de vie précaires à mesure qu’augmente le nombre de personnes revenant s’installer en ville. Par exemple, en mai dernier, 95% des cas de traumatismes admis aux urgences étaient liés aux conditions de vie dangereuses – telles que des chutes de décombres, l’effondrement d’immeubles, ou des personnes tombées de structures instables.

« La bataille a officiellement pris fin il y a un an à Mossoul, et il y a encore beaucoup à faire dans l’année à venir pour améliorer l’accès aux soins », explique M. Nagarathnam. « MSF appelle les autorités nationales et la communauté internationale à reconstruire de toute urgence les infrastructures de santé publique, fournir des médicaments abordable aux patients et garantir que les établissements de santé disposent du matériel nécessaire. »

Notes aux rédacteurs :

 

  • Avant le début du conflit, Mossoul disposait de 3 500 lits d’hôpitaux. Après le conflit, le nombre de lits est passé à moins de mille, et n’a pas véritablement augmenté au cours de cette année. La capacité en lits d’hôpitaux est un indicateur clé du niveau de prestations de santé. Ainsi, un an après la fin du conflit, on peut estimer que les capacités des structures médicales de Mossoul sont toujours réduites de 70%.
  • En se basant sur les chiffres de l’OIM et des autorités locales, MSF estime la population de Mossoul à 1,8 million de personnes.
  • Les normes Sphère (normes minimales internationales de réponse humanitaire) précisent qu’un minimum de dix lits d’hôpitaux doivent être disponibles pour 10 000 personnes : http://www.spherehandbook.org/fr/standard1-sur-les-systemes-de-sante-fourniture-des-services-de-sante/ Mille lits d’hôpitaux pour 1,8 million de personnes = cinq lits pour 10 000 personnes.
  • Le 31 mai 2018, l’OIM estimait à 846 072 le nombre de personnes revenues à Mossoul. Au cours du mois de mai, 45 618 personnes sont revenues s’installer à Mossoul : http://iraqdtm.iom.int/ReturneeML.aspx (consultée le 24 juin 2018).
  • *Nashwan est désormais pris en charge par la structure de soins chirurgicaux et post-opératoires de MSF dans l’est de Mossoul.
  • En mai 2018, MSF a reçu 3 557 patients au service d’urgence de son hôpital dans l’ouest de Mossoul. Parmi eux, 790 cas étaient liés à des traumatismes, dont 95% étaient dus aux conditions de vie dangereuses, notamment à des chutes de décombres, ou à l’effondrement de murs ou d’immeubles.
  • MSF est présente en Irak depuis 1991 et travaille dans les gouvernorats d’Anbar, de Bagdad, de Diyala, d’Erbil, de Kirkouk et de Ninive. MSF gère actuellement un hôpital dans l’ouest de Mossoul spécialisé dans les services de maternité, de pédiatrie et d’urgence, ainsi qu’un établissement de soins chirurgicaux et post-opératoires pour blessés de guerre dans l’est de Mossoul. En juillet, MSF commencera à proposer des services de santé mentale dans ses cliniques de soins primaires dans l’est et l’ouest de la ville.
  • MSF propose une assistance médicale neutre et impartiale, quels que soient l’origine, la religion, le genre ou les opinions politiques de ses patients. Afin de garantir son indépendance, MSF n'accepte les financements d'aucun gouvernement ni agence internationale pour ses programmes en Irak, et se repose uniquement sur les dons privés des particuliers du monde entier pour mener ses activités.

 

Mossoul BROLL

Mossoul, un an après.

(c) Sacha Myers/MSF
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(c) Sacha Myers/MSF
(c) Sacha Myers/MSF