Ukraine: quatre ans après l'escalade de la guerre, la situation continue de se détériorer

Kiev, 24 février 2026 – Après un conflit entamé en 2014 et qui s’est fortement intensifié il y a quatre ans, la situation en Ukraine reste extrêmement préoccupante. L’ampleur des destructions est difficile à concevoir : depuis février 2022, plus de 2 000 structures de santé ont été endommagées ou détruites et plus de 10 millions de personnes ont été déplacées (1). Les attaques systématiques contre des zones civiles – et en particulier contre les infrastructures énergétiques – plongent des régions entières dans le noir, sans eau ni chauffage, parfois pendant des semaines, alors que les températures chutent jusqu’à –20 °C.

"Après un conflit entamé en 2014 et qui s’est fortement intensifié il y a quatre ans, la situation en Ukraine reste extrêmement préoccupante, angoissante et profondément déprimante. Et elle continue de se détériorer," alerte Robin Meldrum, chef de mission de Médecins Sans Frontières (MSF) en Ukraine.

Des attaques de drones et de roquettes frappent presque quotidiennement les lignes de front – dans des régions comme Soumy, Kharkiv, Donetsk, Dnipropetrovsk, Zaporijjia, Kherson, Mykolaïv et Odessa – mais touchent aussi l’ouest du pays, jusqu’aux frontières polonaise et moldave. Ces frappes ont endommagé des milliers de structures de santé, et dans les zones les plus exposées, le nombre de soignants encore présents ne cesse de diminuer face à des risques devenus extrême.

L’intensification des attaques contre les infrastructures médicales affecte tous les aspects du quotidien et met en péril les services essentiels. Les habitants se retrouvent sans chauffage, sans eau courante, sans éclairage, et sans moyens de cuisiner ou de garder une hygiène minimale, alors que les températures atteignent –20 °C. En raison des bombardements constants et indiscriminés, beaucoup vivent dans des maisons endommagées, souvent avec des fenêtres soufflées.

Personnel ukrainien

Les frappes ciblant les réseaux de chauffage et d’électricité compliquent aussi considérablement le travail des équipes de MSF. Depuis juin 2022, nos équipes ont dû quitter sept hôpitaux et des dizaines de cliniques mobiles ne sont plus fonctionnelles. Elles aussi doivent composer avec de longues coupures d’eau et parfois seulement deux à trois heures d’électricité par jour. Des centaines de collègues ukrainiens vivent dans ces conditions depuis quatre ans, et certains subissent cette guerre depuis douze ans.

Les équipes MSF continuent de soutenir les hôpitaux et de déployer des cliniques mobiles tout au long des centaines de kilomètres que couvre la ligne de front. Mais l’ensemble du système de santé vacille. Les hôpitaux sont confrontés à de graves pénuries de personnel alors que le nombre de patients souffrant de traumatismes sévères, de maladies chroniques ou de stress post-traumatique explose. Dans les villages situés dans un rayon de 50 km du front, il ne reste principalement que des personnes âgées – souvent atteintes de maladies comme l’hypertension ou le diabète.“Beaucoup arrivent trop tard à l’hôpital, dans un état critique”, explique Meldrum.

Avec la poursuite du conflit, le nombre de personnes ayant besoin de rééducation à long terme continuera d’augmenter. Kinésithérapie après amputation, prise en charge du stress post-traumatique, … Ces besoins exercent une pression croissante sur le ministère de la Santé, une pression qui perdurera durant de nombreuses années. “Cette crise ne sera pas brève”, insiste Meldrum. “Ses conséquences se feront sentir pendant longtemps.”

Aperçu des activités de MSF en Ukraine

Au cours des deux premières années suivant l’escalade de la guerre, les activités de MSF se concentraient sur les besoins les plus urgents et vitaux : stabilisation des patients, évacuations médicales, transferts en ambulance, aide d’urgence près de la ligne de front et interventions immédiates après les attaques massives. Face aux effets croissants d’un conflit qui s’éternise, MSF a progressivement élargi son action.

Près de la ligne de front, nos équipes continuent de :

  • Soutenir les hôpitaux du ministère de la Santé, notamment en détachant des équipes médicales pour renforcer les services d'urgence, de chirurgie et de soins intensifs ;
  • Gérer un service d’ambulances indispensable ;
  • Déployer des cliniques mobiles dans les communautés isolées, avec un accent particulier sur la prise en charge des maladies chroniques, et soutenir le ministère dans le dépistage actif de la tuberculose.

Plus loin du front, les équipes de MSF :

  • Appuient le ministère de la Santé dans le développement de parcours de rééducation plus rapides pour les patients dans la phase post-opératoire immédiate après des blessures graves ;
  • Offrent des services de santé mentale et un accompagnement spécialisé pour le stress post-traumatique.

Témoignages

Voici un extrait des témoignages recueillis auprès de collègues en Ukraine. La version longue est disponible sur Life above all by MSF.

“Le matin après de lourds bombardements, les gens se rendaient encore au travail, les enfants allaient à l’école, et les voisins continuaient leur routine. Parfois, on aurait dit que tout le monde essayait de continuer comme si rien ne s’était passé. Je comprenais ce besoin, mais cela m’inquiétait profondément. Cette forme de normalité peut aider à survivre, mais elle peut aussi enfouir des traumatismes non résolus. Pour moi, la mort et la célébration de la vie font désormais partie d’une même journée – et je ne sais parfois pas comment gérer cela.”
Ainur Absemetova, coordinatrice des activités MSF en Ukraine (2024–2025).


“Les nuits sous les bombardements paraissent interminables. Même lorsque le calme revient, le corps reste crispé, hanté par ce qui aurait pu arriver. En même temps, un sentiment de soulagement vous envahit parce que vous êtes toujours en vie. J’ai été témoin d’une solidarité incroyable : les gens se soutiennent, jour après jour, malgré les épreuves.”
Christine Mwongera, coordinatrice médicale MSF en Ukraine.

“Je me souviens de l’une de mes premières sorties en ville, lorsque j’ai parlé avec un homme revenu du front. Alors qu’il racontait ce qu’il avait vécu, son expression changeait, comme s’il fixait le vide. Il a demandé l’aide d’une passante pour traduire en anglais. Elle a accepté, mais s’est rapidement mise à pleurer : son mari combat actuellement au front. Ici, chacun porte une histoire, et on ne sait jamais quand on va croiser la souffrance d’un autre.”
Jorge Castro Armijo, coordinateur de projet.

(1) 6 million refugees from Ukraine UNHCR, January 2026 / 4,6 million IDPs inside country January 2026 - Ministry of Social Policy of Ukraine

Quentin Barrea

Press & Media FR, Médecins Sans Frontières

 

 

 

 

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