Syrie: plus d'un demi-million de personnes prises au piège par les bombardements

Le mois d'août a été l'un des plus sanglants depuis longtemps dans les zones assiégées

Vendredi 11 septembre 2015 — Bonjour,

Veulliez trouver ci-dessous un communiqué de MSF sur la situation insoutenable dans les zones assiégées en Syrie. Le mois d'août y a été l'un des plus sanglants depuis le début du conflit avec des bombardements causant des afflux massifs de blessés dans les hôpitaux de fortune soutenus par MSF. Des sièges qui ont été renforcés et dans lesquels au moins 600.000 personnes sont prises au piège.

Pour info, Bart Janssens, Directeur des Opérations, et Pierre Boulet Desbareau, corrdinateur des activités de MSF en Syrie, sont disponibles pour des interviews.

Cordialement,

Raphaël Piret

 

Bruxelles, le 12/09/2015 – Des hôpitaux de fortune soutenus par MSF ont rapporté une série d’afflux massifs de victimes durant vingt journées consécutives de bombardements intenses. Ces bombardements ont eu lieu en août sur les marchés et des bâtiments civils dans les communautés assiégées de la Ghouta orientale, près de Damas. Au moins 150 personnes par jour ont été soignées pour des blessures de guerre pendant cette période. En parallèle, les sièges ont à la fois été renforcés et élargis, avec trois zones au nord de Damas où vivent au moins 600.000 personnes assiégées.

13 hôpitaux de fortune soutenus par MSF dans la région assiégée de la Ghouta orientale rapportent avoir été presque constamment submergés par les cas de traumatismes violents entre le 12 et le 31 août. MSF dispose de données précises sur ces afflux massifs de blessés dans cinq hôpitaux, révélant 160 décès et 1.059 blessés. 34 des personnes décédées et 222 des blessés étaient des enfants de moins de quinze ans, soit environ une victime sur cinq. Etant donné que l’intensité des bombardements a temporairement coupé les lignes de communication, MSF ne dispose pas encore de données précises pour les autres structures médicales soutenues par MSF.

« Il s’agit de l’un des mois les plus sanglants depuis la terrible attaque aux armes chimiques d’août 2013, détaille le Dr Bart Janssens, Directeur des Opérations de MSF. Les hôpitaux que nous soutenons sont des structures de fortune, où obtenir des médicaments est une entreprise dangereuse et difficile, et il est impossible d’imaginer qu’ils aient pu être capables de gérer une telle réponse d’urgence avec de telles contraintes. Les efforts permanents des médecins syriens pour sauver des vies en ces circonstances inspirent le respect, mais la situation qui y a mené est totalement scandaleuse ».

En même temps, les sièges autour de Damas se sont à la fois renforcés et étendus. Trois nouvelles zones au nord de Damas (All Tall, Hameh et Qoudsaaya) où vivent au moins 600.000 personnes sont assiégées depuis le 22 juillet. Cela signifie que les gens sont arrêtés et fouillés et qu’aucun approvisionnement médical, de nourriture, de carburant ou d’autres choses essentielles ne peut y entrer. Par ailleurs, les sièges déjà stricts sur des zones telles que Mouadamiyieh se sont renforcés et tous les mouvements des piétons vers l’intérieur et l’extérieur de la zone sont désormais interrompus. Plus que jamais, les évacuations médicales des zones assiégées sont devenues impossibles, même pour les patients qui ont un besoin urgent de soins médicaux vitaux.

« Nous sommes informés d’environ 400 amputations effectuées dans la Ghouta orientale en août, explique le Dr Janssens. Beaucoup de personnes auraient pu éviter l’amputation si les soins médicaments dans les zones assiégées n’étaient pas si désespérément limités. Au travers de réseaux médicaux nous avons toujours la possibilité de faire passer du matériel et des médicaments à travers les lignes des sièges mais c’est de plus en plus difficile ».

MSF organise en urgence le réapprovisionnement des stocks des pharmacies en médicaments essentiels, y compris plus de 5.000 poches de fluides pour intraveineuse et plus de 1.500 poches de sang.

Quatre millions de Syriens ont fui la Syrie et des millions se sont réfugiés dans les pays avoisinants, alors que des milliers risquent la mort et la détention sur la route de l’Europe. Approximativement deux millions de personnes vivent dans des zones assiégées telles que la Ghouta orientale où la violence et les privations des biens de première nécessité sont leur réalité quotidienne.

« Août était le pire mois que nous ayons vu d’un point de vue médical, explique le directeur d’un hôpital soutenu par MSF dans l’une des zones assiégées. Toute personne qui n’est pas blessée ou morte peut s’estimer heureuse. Stop à la mort et au siège. Stop au sang et à la misère. Stop”.

MSF gère six structures médicales dans le nord de la Syrie et soutient directement plus de 100 postes de santé et hôpitaux de fortune à travers le pays, avec une attention particulière sur les zones assiégées. Il s’agit principalement d’hôpitaux de fortune sans personnel de MSF, où MSF offre du soutien matériel ainsi que des formations médicales à distance pour aider le personnel médical syrien à gérer ces besoins médicaux extrêmes. Ce réseau de soutien a été construit ces quatre dernières années.