Sud de la Syrie : deux rapports révèlent que les besoins en santé augmentent et davantage d’aide est nécessaire

Jeudi 21 décembre 2017 — Rapports (en anglais) ci-joint. 

L’assistance humanitaire pour les populations vivant dans le Sud de la Syrie doit augmenter de façon significative, d’après Médecins Sans Frontières. L’organisation médicale internationale publie aujourd’hui deux rapports d’évaluation qui mettent en lumière les besoins en soins de santé des communautés vivant dans Daraa Est, une zone du Sud de la Syrie.

Ces rapports (East Daraa, Syria, Baseline Assessment et East Daraa, Syria, First Follow-Up Assessment) illustrent l’impact du conflit syrien sur la population, révélant notamment que la violence est à l’origine du déplacement de près de la moitié de la population actuelle de Daraa Est. Ils mettent au jour de sérieuses difficultés d’accès aux soins pour les femmes et les enfants, notamment des taux alarmants d’accouchements à domicile et des soins prénataux défaillants. En outre, les taux de vaccination sont inquiétants, avec jusqu’à 60% des enfants de moins de cinq ans n’ayant pas reçu les doses de vaccins requises contre les maladies évitables. Enfin, pour près de la moitié des foyers ayant perdu un membre de la famille lors des douze mois précédant l’enquête, la cause de la mort était liée à un incident militaire.

Les données des rapports ont été tirées de deux études à grande échelle sur la santé communautaire effectuées par des équipes MSF dans des villes de Daraa Est, une zone de 200 000 habitants environ, en juillet 2016 et mai 2017. Lors de chacune d’elle, 4000 individus sélectionnés au hasard ont été interrogés par des agents de santé communautaires sur leurs besoins en santé et leurs conditions de vie. 

Alors que le conflit en Syrie est dans sa septième année, ces études révèlent que les besoins en soins de santé dans la région s’aggravent encore dans certains domaines. Cela suggère que le volume d’assistance humanitaire pour la population syrienne tout comme l’accès pour les organisations humanitaires doit augmenter significativement pour répondre aux besoins.

Toute une génération détruite

« Nous avons parlé avec des gens dont les maisons ont été endommagées, parfois à plusieurs reprises, par des frappes aériennes et qui sont particulièrement vulnérables », explique le Dr Ghassan Aziz, responsable du programme de surveillance sanitaire du centre MSF pour l’avancement de la médecine humanitaire à Amman. 
« Nos données démontrent que les femmes et les enfants ont les plus grandes difficultés à accéder à des soins adéquats. L’assistance humanitaire doit augmenter et, en particulier dans le Sud de la Syrie, la façon la plus efficace de la distribuer est à travers les frontières. »

« La guerre a eu de profonds effets physiques et psychologiques sur la population », explique un pharmacien MSF travaillant dans le Sud de la Syrie. « Certains ont été blessés dans des frappes aériennes, mais il y a aussi des blessures moins visibles. Toute une génération a été entièrement détruite par cette crise. »
Le chirurgien d’un hôpital MSF dans la zone explique que même si le niveau de violence a baissé, la guerre a détruit les infrastructures et provoqué un manque de personnel de santé expérimenté. « Nous faisons face à des problèmes à tous les niveaux. Pour accéder aux soins, les gens doivent se déplacer sur de longues distances. Les transports sont chers et beaucoup ne peuvent pas se permettre de payer. Les structures de santé qui fonctionnent sont rares et la plupart des hôpitaux sont mal équipés. Dans certains cas, les patients doivent aller dans deux ou trois structures différents pour recevoir des soins corrects ; ils doivent même parfois se rendre jusqu’à Damas. »

Selon le Dr Aziz, si les résultats de ces rapports sont inquiétants, les besoins en soins dans d’autres parties de la Syrie pourraient l’être encore plus. « Ces résultats sont représentatifs de la population de la zone de l’Est Daraa. Malheureusement, nous n’avons pas pu nous rendre et évaluer la situation dans d’autres zones affectées par le conflit et où ‘accès à la santé pourrait être encore plus problématique. MSF continuera à faire ce type d’études pour mieux identifier les besoins de la population et y répondre. »

Etant donné l’étendue des besoins en soins de santé dans les zones évaluées par ce rapport, MSF prend acte du renouvellement par le Conseil de Sécurité des Nations Unies de la résolution 2165 (devenue 2393) qui autorise les agences humanitaires à continuer d’utiliser les voies d’accès à travers les lignes de front et les postes-frontières pour délivrer de l’aide en Syrie. Cependant, même dans ce cadre, les organisations humanitaires connaissent toujours des difficultés à fournir une assistance à 13,1 millions de Syriens en ayant besoin, y compris 6,1 millions de déplacés et 3 millions vivant dans des zones assiégées. 

A l’heure actuelle, MSF n’est pas présente dans les zones contrôlées par le gouvernement en dépit de demandes effectuées auprès de Damas. L’organisation est préoccupée par le manque d’alternatives à l´assistance à travers les frontières, étant donné que la distribution d’aide humanitaire à travers les lignes de front depuis la capitale syrienne continue d’être limitée dans son étendue et sa couverture géographique et que les besoins restent importants. 
« La fourniture d’aide à travers les frontières reste vitale pour des millions de Syriens et essentielle pour nous permettre de répondre aux besoins dans le Sud de la Syrie. La nécessité d’un accès indépendant et libre pour accéder à ceux qui sont le plus affectés par le conflit demeure », explique Aitor Zabalgogeazkoa, responsable de l’unité MSF au Moyen-Orient et du Centre MSF pour l’avancement de la médecine humanitaire à Amman.
 

FIN

Celine Ronquetti Press Officer at Médecins Sans Frontières