Situation humanitaire désastreuse au Yémen: témoignage et possibilités d'interviews

Jeudi 4 juin 2015 — Bonjour,

Pour votre info, vous trouverez ci-dessous le témoignage d'un médecin MSF travaillant au Yémen. Il y décrit le quotidien dans la ville de Taiz, particulièrement affectée par le conflit en cours. Les affrontements entre rebelles Houtis et groupes du Sud soutenus par la coalition arabe se traduisent par une situation humanitaire désastreuse: bombardements incessants, combats de rue, accès à l'eau et à la nourriture de plus en plus compromis, pénurie d'essence... Le système des soins de santé s'est effondré: fuite du personnel étranger (Pakistanais, Bengladais, Irakiens...), hôpitaux touchés par les violences, accès des patients coupés par les affrontements...

A cela s'ajoutent les déplacements de populations (500.000 personnes selon l'ONU). Des déplacés qui se sont d'abord réfugiés dans leurs familles à la campagne, mais qui se retrouvent aujourd'hui réunis dans des endroits inappropriés et sont de plus en plus vulnérables.

Pour les acteurs comme MSF, les conditions de travail sont particulièrement difficiles d'autant plus que l'accès au pays se limite à la voie maritime.

Pour info, Marie-Elisabeth Ingres, chef de mission de la section française de MSF, vient de rentrer à Paris et sera disponible pour des interviews jusqu'à samedi. Des interviews par téléphone ou Skype depuis le Yémen sont également possibles.

Cordialement,

Raphaël Piret

Yémen: “Beaucoup de civils sont blessés et tués dans le conflit en cours »

Depuis deux mois au cœur du conflit au Yémen, les équipes de Médecins Sans Frontières apportent de l’aide humanitaire et des soins médicaux aux personnes vivant près de la ligne de front, ayant un besoin désespéré d’assistance. A Taiz, la troisième ville du pays où vivent 1,2 million de personnes, une équipe de MSF apporte son soutien aux hôpitaux locaux et les approvisionne en médicaments et matériel médical. Le Dr Ahmad Bilal, coordinateur médical de MSF au Yémen, décrit la situation.

« La situation à Taiz est extrêmement tendue, avec des combats soutenus entre différents groupes armés. On entend le bruit des obus qui tombent et des attaques aériennes qui touchent différentes parties de la ville en continu. Ces derniers jours, les attaques aériennes et les bombardements se sont intensifiés. Les attaques sont peut-être ciblées vers des points militaires stratégiques, mais il y a de nombreuses victimes civiles.

A cause des combats et bombardements en cours, beaucoup de gens quittent leur maison dans la partie de la ville proche de la ligne de front pour s’installer dans des quartiers plus sûrs, ou au moins les femmes et les enfants. D’autres quittent complètement la ville de Taiz.

Beaucoup d’habitants de la ville venaient à l’origine de villages dans le gouvernorat. Certains retournent donc dans leur village ou se dirigent vers des régions plus sûres, comme le gouvernorat de Ibb, au sud de Sana’a.

Il y a quelques jours, le 26 mai, une citerne à essence de la ville a été bombardée. Dans les heures qui ont suivi, 184 personnes ont été admises à l’hôpital avec des brûlures sévères, 115 à l’hôpital Al-Thawra et 69 à l’Hôpital Yemen International. Nous avons appris que plus de 15 personnes sont mortes lors de l’explosion. En tant qu’une des seules organisations humanitaires à Taiz, on nous a demandé de fournir du matériel médical. Quand notre équipe est arrivée à l’hôpital Al Thawra, un obus de mortier a atterri tout près et notre staff a dû courir dans la cave et s’abriter jusqu’à ce que les bombardements se calment. Heureusement, cela n’a pas touché l’hôpital. 

Jusqu’à présent, nous avons donné trois “kits brûlures » contenant du matériel médical pour traiter les patients atteints de brûlures sévères, ainsi que 200 sacs de fluides pour intraveineuse aux hôpitaux de Taiz, et nous leur apporterons d’autres médicaments dès que nous pourrons recevoir notre approvisionnement. A cause du conflit, ça prend du temps de faire parvenir les équipes et le matériel dans les zones proches de la ligne de front.

Le manque de carburant est un réel problème, tant pour nos équipes que pour les habitants. Cela rend le transport des patients et du matériel difficile. Le Yémen importe 90% de sa nourriture et de son carburant, mais les bateaux commerciaux peinent à arriver à quai.

Pour les gens, cela signifie qu’il est difficile de se déplacer dans la ville, c’est une lutte continue pour accéder à de l’eau potable et de la nourriture. Beaucoup de personnes qui vivent à proximité de la ligne de front ne peuvent plus se déplacer vers les cliniques et hôpitaux à cause des combats et du manque de carburant. Et ceux qui parviennent aux hôpitaux découvrent qu’ils ne sont plus en activité. Au moins 12 hôpitaux à Taiz ont fermé leurs portes et cessé de recevoir des patients.

La guerre est une situation anormale, personne ne devrait avoir à s’habituer au son des balles et des attaques aériennes. Mais après quelques mois dans le pays, autant nous que les civils y sommes désormais habitués. Les gens essayent d’éviter les zones proches de la ligne de front, mais le problème est que les combats peuvent commencer soudainement, et les bombardements sont imprévisibles.

C’est parfois frustrant d’être ici, les besoins sont tellement élevés  et l’assistance humanitaire est tellement insuffisante. Mais malgré ça, nous faisons du mieux que nous pouvons pour apporter de l’assistance médicale et humanitaire aux personnes qui souffrent du conflit.

Malgré les défis logistiques et sécuritaires, les équipes de MSF continuent de délivrer de l’assistance médicale au Yémen. Le staff médical de MSF a traité plus de 1.700 blessés de guerre depuis le 19 mars. MSF travaille actuellement dans les gouvernorats de Sana’a, Aden, Ad-Dhale, Amran, Taiz et Hajjah.

Autre témoignage: "Nous sommes consignés à l'intérieur de l'hôpital"