RCA : Suite à une attaque, MSF suspend ses activités humanitaires à Bangassou

Mercredi 22 novembre 2017 — Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous un communiqué dans lequel MSF annonce l'interruption de ses activités et l'évacuation de tout son personnel de son projet de Bangassou, en Centrafrique. Cette décision a été pris après un violent braquage dans la nuit du 20 novembre, le 37ème incident de sécurité à l’encontre du personnel MSF ou des structures soutenues par l’organisation dans le pays au cours des 14 derniers mois (liste ci-dessous). Cette décision, prise en dernier recours, laisse une population de 500.000 personnes quasi sans accès aux soins de santé dans le cadre de l'une des pires crises du monde.

Cordialement,

Raphaël Piret

 

République centrafricaine : Suite à une attaque, l’organisation Médecins Sans Frontières suspend ses activités humanitaires à Bangassou

Bangui, le 21 novembre 2017 - Suite à un violent braquage à main armée la nuit du 20 novembre, l’organisation internationale humanitaire Médecins Sans Frontière (MSF) a évacué ses 58 personnel centrafricains et internationaux de Bangassou, cessant de fait toutes ses activités dans cette ville du sud-est du pays qui est sous contrôle de différentes factions affiliées au mouvement anti-Balaka.

« Malgré le fait que nous avions les moyens et la volonté de rester dans cette région, nous y suspendons toutes nos activités car nous ne pouvons pas mettre la vie de notre personnel en danger alors qu’il est attaqué de même que les structures de santé que nous soutenons,” explique Frédéric Lai Manantsoa, chef de mission pour MSF en RCA.

Dans la région de Bangassou, un demi-million de personnes dépendaient presqu’entièrement pour leurs soins de santé des services offerts par MSF. Suite aux conflits, la plupart des centres de santé de la région qui n’étaient pas soutenus par l’organisation étaient laissés à l’abandon, sans personnel ni médicaments ou matériel médical.

“Aujourd’hui, les 30 enfants de moins de cinq ans qui étaient hospitalisés à Bangassou ne seront plus à même d’être soignés par un docteur ou un infirmer. Les 26 patients du service de chirurgie seront laissés sans soins. Les seuls témoins extérieurs encore présents sur place sont les soldats des Nations Unies et quelques missionnaires. La population de Bangassou a d’ores et déjà commencé à quitter la ville, y compris les patients de l’hôpital en état critique,” continue Frédéric Lai Manantsoa.

« Face à une telle détresse, une organisation humanitaire comme la nôtre se doit d’essayer de rester sur place aussi longtemps que possible. Abandonner cette population est un constat amer de notre impuissance à offrir une aide humanitaire vitale à l’une des crises mondiales les plus importantes aujourd’hui, ceci à cause des attaques sur notre personnel. »

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Note aux éditeurs:

MSF travaille en RCA depuis 1997 et reste opérationnel dans 10 autres localités du pays. L’organisation continue à offrir une aide médicale aux populations vivant des différents côtés, au gré de l’évolution des multiples lignes de front qui divisent le pays, y compris à Bria, Bambari, Alindao, Batangafo, Kabo, Bossangoa, Boguila, Paoua, Carnot et Bangui.

En 2016, l’organisation a fourni un million de consultations médicales, vacciné 500 000 enfants contre différentes maladies, réalisé 9 000 opérations chirurgicales et assisté à la naissance de 21 000 bébés dans le pays. Depuis le début de l’année cependant, avec l’intensification du conflit armé, l’organisation a dû adapter quatre de ses 16 projets (y compris Bangassou) pour répondre aux besoins urgents des personnes directement affectées par le conflit.

Note : Ci-dessous une liste des attaques et menaces à l’encontre du personnel MSF ou des structures soutenues par l’organisation dans le pays au cours des 14 derniers mois.

Le 29 septembre 2016 – Agression en pleine rue d’un patient pendant son transport en véhicule MSF à Bangui. Pour protester contre ces agressions inacceptables, MSF suspend ses activités dans l’ensemble du quartier du mardi 4 octobre au vendredi 7 octobre.

Le 21 décembre 2016 – Un responsable d’un groupe armé qui accompagne son épouse à l’hôpital de Batangafo menace le personnel des urgences et de la maternité pour qu’elle soit traitée en priorité et selon ses directives. L’équipe travaille sous les menaces de cet homme pendant une heure de temps.

Les 26-27 décembre 2016 – Deux braquages à main armée dans la résidence des expatriés de Bambari. MSF suspend ses activités pendant quelques jours, et continue en réduction des activités pendant 2 mois.

Le 2 janvier 2017 – Braquage à main armée dans la résidence des expatriés à Zemio. Réduction des activités (urgences vitales seulement) pendant trois semaines.

Le 20 janvier 2017- Vol avec effraction dans un poste de santé soutenu par MSF dans la région de Batangafo.

Le 3 février 2017 – Trois blessés arrivent successivement à la maternité de Gbaya Ndombia suite à l’explosion d’une grenade. Un attroupement se forme rapidement devant la maternité, les hommes menacent les gardiens et entrent de force dans la structure avec des armes afin de récupérer l’un des blessés et d’attaquer un autre patient. Ce dernier parvient à s’enfermer et reste sain et sauf. Les hommes en armes empêchent ensuite la circulation des ambulances devant la maternité pendant plus d’une heure. Aucun dégât humain ou matériel n’est à déplorer.

Le 7 février 2017 – Une deuxième intrusion armée survient dans la maternité de Gbaya Ndombia alors que l’équipe médicale gère un afflux de 21 blessés, dont trois morts. Au cours de cette dernière intrusion, les envahisseurs terrorisent le personnel MSF et tente de tuer l’un des blessés alors à leur charge. MSF suspend ses activités à PK5 pendant plusieurs semaines en protestation.

Le 18 février 2017 – Menace sur le personnel MSF suite au refus d’effectuer une référence médicale vers l’étranger pour un patient. Réduction des mouvements sur les axes pendant environ deux mois à Kabo.

Le 17 mars 2017 – Vol avec effraction dans le poste de santé de Lady (Batangafo) soutenu par MSF.

Le 15 avril 2017 – L’équipe MSF à Kabo subit un braquage pendant la nuit. Suspension de la majorité des activités à Kabo pendant plus d’un mois.

Le 3 mai 2017 - Braquage à main armée de deux camions MSF sur l’axe Batangafo-Kaga Bandoro par deux hommes munis d’AK 47 et d’armes traditionnelles.

Le 10 mai 2017 – Un homme armé en état d’ivresse vient pour une consultation à l’hôpital de Batangafo. Il refuse d’attendre son tour et gifle à deux reprises le responsable de la consultation.

Le 11 mai 2017 - Vol nocturne avec effraction dans le centre de santé de Pendé (Paoua)

Le 22 mai 2017 – Vol dans l’hôpital de Batangafo

Le 24 mai 2017 – Des hommes armés entrent dans l’Hôpital de Bangassou par force, arrachent une patiente et sa garde-malade des lieux malgré l’intervention des staffs MSF, et tuent les deux personnes non loin de l’enceinte.

Le 25 mai 2017 – Intrusion d’un homme armé dans l’hôpital de Bangassou pour chercher un patient.

Le 25 juin 2017 - Menaces armées et détention temporaire de l´équipe d´urgence en route depuis Alindao vers Datoko pour une activité médicale sur Datoko.

Le 1er juillet 2017 - Braquage et vol d’une voiture MSF juste devant le bureau de coordination à Bangui.

Le 9 juillet 2017 - Agression et braquage à main armée d’un convoi MSF sur l’axe Kaga Bandoro – Dekoa : un coup de feu est tiré sur le véhicule de tête.

Le 11 juillet 2017 - A l'hôpital de Zemio, deux hommes armés ouvrent le feu dans l'établissement, tuant un bébé dans les bras de sa mère. MSF retire tout son personnel expatrié et délocalisé et continue à gérer le projet depuis Bangui.

Le 14 juillet 2017 - Braquage de deux véhicules MSF sur l’axe Moyen Sido.

Le 29 juillet 2017 – Violences à Batangafo, base de MSF braquée et d’autres ONG pillées.

Fin-Juillet – Base MSF à Zemio pillée et vandalisée.

Août 2017 – A Batangafo, les groupes armés se tiennent aux alentours et souvent à l’intérieur de l’hôpital entravant l’accès des populations venues se faire soigner ou simplement rendre visite à un malade. Le 10 et 11 août des coups de feu sont tirés près de l’hôpital, mettant en danger les patients, le personnel de santé et les populations civiles qui y ont cherché refuge. MSF réduit ses activités à Batangafo.

Le 17 août 2017 – Attaque sur l’hôpital de Zemio, la population prend fuite et tous les stocks de MSF pillés.

Le 21 août 2017 – Une ambulance MSF référant une patiente à l’hôpital de Bangassou pour des soins spécialisés se fait arrêter par des hommes armés qui lui interdisent de poursuivre son chemin plus de trois heures durant. MSF suspend ses activités à Bangassou.

Le 8 septembre 2017 - Des civils venant chercher refuge à l’hôpital de Batangafo se font tirer dessus, une adolescente de 15 ans et un enfant meurent sur le coup, deux autres personnes sont blessées.

Le 9 septembre 2017 - Fouille et contrôle « mouvementés » de nos patients à l’aéroport de Bangui alors qu’ils étaient en transfert médical et menaces directes sur notre personnel.

Le 14 septembre 2017 – Des hommes armés entrent et fouillent l’hôpital de Batangafo.

Le 20 septembre 2017 – Un gardien de MSF se fait frapper alors qu’il tente d’arrêter une dispute entre des déplacés qui ont trouvé refuge au sein de l’hôpital de Batangafo.

Le 28 septembre 2017 – Arrestation d’une voiture MSF par des hommes armés à Bangassou et menace sur le personnel.

Fin septembre 2017 - Menace sur le personnel MSF suite au refus d’effectuer une référence médicale vers l’étranger pour un patient. Réduction des mouvements sur les axes pendant trois semaines à Kabo.

Le 4 octobre 2017 – Un journalier MSF est tabassé par des hommes armés devant le poste de santé où il se rendait pour travailler.

Le 23 octobre 2017 – Vol à main armée à l’hôpital de Batangafo.

Le 11 novembre 2017 – Bangui : Un accompagnant d´un de nos patients référés de province est agressé à l’hôpital où il se trouvait par les parents des blessés qui sont arrivés suite à l’explosion d’une grenade dans un bar dancing, dans le 5ème arrondissement.

Le 12 novembre 2017 – Braquage à main armée de l’équipe de Zemio. Evacuation de l’équipe expatriée et délocalisée.

Le 20 novembre 2017 – Braquage à main armée à la base de MSF Bangassou. Toute l’équipe y compris personnel international et centrafricain évacué. Activités suspendues.