Rapport MSF: Contre leur gré: Violence sexuelle et basée sur le genre contre les jeunes en Haiti

Vendredi 14 juillet 2017 — En Haïti, le nombre de jeunes, et en particulier les femmes et filles, qui signalent avoir été victimes de violence sexuelle et basée sur le genre (VSGB) est très élevé, notamment à Port-au-Prince la capitale densément peuplée du pays. Encore un sujet tabou en Haïti, la VSBG est un problème probablement sous-estimé. La honte que peuvent ressentir les victimes, la stigmatisation qu’elles peuvent subir, sans compter la peur de représailles de la part de leurs agresseurs ou même au sein de leurs communautés, sont autant de facteurs qui enferment les victimes dans le silence.

Les services actuellement disponibles pour les victimes de VSBG ne sont pas adaptés pour répondre à leurs besoins spécifiques, notamment chez les plus jeunes victimes. Malgré les efforts des acteurs de la société civile et les progrès réalisés dans certains secteurs, les politiques publiques et la capacité de prise en charge restent inadaptées aux besoins des victimes. Beaucoup de victimes se retrouvent exclues du système qui devrait leur fournir des services pluridisciplinaires (prise en charge médicale et psychologique, aide juridique, assistance sociale, protection) en raison d’un manque de coordination des services.

En mai 2015, Médecins Sans Frontières (MSF) s'est jointe à d'autres organisations qui viennent en aide aux victimes de VSBG en Haïti pour ouvrir une clinique spécialisée dans ce type de soins à Port-au-Prince. De mai 2015 à mars 2017, la clinique Pran Men'm de MSF (dont le nom signifie « prend ma main » en créole) a soigné près de 1 300 victimes de violence sexuelle et basée sur le genre.

EXPOSITION DES LES JEUNES A LA VIOLENCE SEXUELLE ET BASEE SUR LE GENRE

Alors que des personnes de tous âges sont victimes de VSBG en Haïti, les filles et les jeunes femmes semblent être les plus touchées par le phénomène. Les victimes âgées de moins de 25 ans représentent la majorité des patients traités par MSF depuis mai 2015 (77 %). Quatre-vingt-trois pour cent de tous les patients sont des victimes de viol, et 83 pour cent d'entre elles sont âgées de moins de 25 ans.

MSF est particulièrement préoccupée par le fait que 53 pour cent des patients traités à la clinique de Pran Men'm sont âgés de moins de 18 ans. La plupart ont été victimes de viol et d'autres types d'abus sexuels. Ce taux élevé de jeunes victimes souligne la nécessité urgente d'aborder le problème de la VSBG envers les mineurs, qui sont particulièrement vulnérables en raison de leur âge.

Quatre mineurs sur cinq traités à la clinique connaissaient leur agresseur. La plupart étaient des connaissances de la famille et dans 11 pour cent des cas, l'agresseur habitait sous le même toit. À Port-au-Prince, les enfants et les adolescents sont souvent laissés seuls pendant que leurs parents/tuteurs travaillent ou répondent aux besoins familiaux. La plupart des enfants de moins de 10 ans (71 pour cent) ont subi des abus dans des endroits où ils devraient se sentir en sécurité. De plus, un enfant sur cinq qui

s'est rendu à la clinique après un abus sexuel avait déjà été exposé à la violence sexuelle et basée sur le genre.

SOINS MÉDICAUX ET PSYCHOLOGIQUES

En plus de son impact sur la santé physique et mentale, la VSBG peut également causer la transmission du VIH et d'autres infections sexuellement transmissibles. Elles peuvent également engendrer des grossesses non désirées. Ces risques sont réduits ou éliminés si les victimes reçoivent des soins médicaux le plus rapidement possible, dans les 72 heures suivant l'agression. Malheureusement, seulement 58 pour cent des mineurs traités à la clinique de MSF sont arrivées à l'intérieur de ce délai. Au total, 45 mineures et 30 femmes adultes sont tombées enceintes faute de ne pas avoir pu recevoir la contraception d'urgence parce qu'elles étaient arrivées trop tard à la clinique.

Pour les victimes qui cherchent à obtenir des soins médicaux après des VSBG, les obstacles sont nombreux. Par exemple, 38 pour cent des victimes de viol se sont présentées à la clinique Pran Men'm entre 18 heures et minuit, alors que la plupart des autres cliniques qui offrent des soins pour la VSBG sont fermées. En outre, la provision de soins médicaux dans d'autres structures de santé est souvent incomplète en raison d'un manque de fournitures. Les médicaments pour la prévention du VIH et d'autres infections sexuellement transmissibles, ainsi que la contraception d'urgence, doivent être mis à disposition immédiatement dans tous les établissements de santé.

Tout de suite après une agression sexuelle, les victimes sont souvent en état de choc. Le premier objectif des soins psychosociaux offerts aux victimes est de les aider à restaurer leur capacité à continuer leur vie. Dans certains cas, l’aide psychologique initiale aide à les stabiliser et à les préparer à recevoir des soins médicaux. Offrir une aide psychologique rapidement et assurer des séances de suivi adéquates permettent d'éviter des conséquences psychologiques durables.

MANQUE DE SERVICES AUX VICTIMES

Les conséquences de la violence sexuelle ne sont pas seulement physiques et psychologiques : elles sont aussi sociales et économiques. La VSBG touche les victimes, mais aussi leurs familles et leurs communautés. Les victimes ont besoin de soins complets qui incluent une gamme variée de services.

La coordination des services existants est l'un des plus grands défis et ne parvient pas à l'heure actuelle à combler les lacunes dans la provision de services aux victimes dans tous les secteurs. MSF travaille avec un réseau d'organisations qui fournit des services sociaux et des services de protection à Port-au-Prince. Certains hébergent des mineurs, des femmes et des familles, mais les procédures de placement sont souvent longues. Des solutions d'hébergement à plus long terme qui sont sûres et sécurisées demeurent l'un des besoins les plus grands et les plus urgents pour nos patients.

Les patients les plus vulnérables doivent être orientés vers les services sociaux pour le suivi et les services de protection afin d'éviter une nouvelle exposition à la violence ou aux abus sexuels. Soixante-sept pour cent des patients de MSF ont besoin de soutien social. Quarante-neuf pour cent d'entre eux ont besoin d'une protection (par exemple un hébergement d’urgence ou des services de protection de l'enfance), et 28 pour cent sont orientés vers l'aide juridique pour porter plainte contre leurs agresseurs. Malgré les besoins, les services sociaux et les services de protection sont souvent restreints par le manque de financement durable et de mécanismes appropriés d'orientation pour assurer un service complet.

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

La VSBG en Haïti doit être reconnue et abordée comme un problème de santé publique. Il faut accroître les services de prévention à différents niveaux et renforcer la disponibilité rapide et l'accessibilité des soins médicaux et psychologiques aux victimes, ainsi que les services de soutien social et les services de protection.

Les victimes doivent avoir accès à des soins médicaux et psychologiques adéquats et en temps opportun au sein d'un système qui réponde aux besoins spécifiques de cette population particulièrement vulnérable. Un réseau de référence de prestataires de services aux victimes de violence sexuelle et basée sur le genre, coordonné de manière efficace aux niveaux national et local, est indispensable pour faire en sorte que toute victime qui cherche de l'aide puisse être adéquatement orientée vers une gamme complète de services. Les bailleurs de fonds devraient soutenir les organisations offrant des solutions d'hébergement sûres avec un financement plus durable afin d'assurer la protection des victimes les plus vulnérables.

Il est primordial que les services multidisciplinaires soient mis à la disposition des victimes pour répondre à leurs besoins immédiats ainsi qu'aux conséquences à long terme de la violence sexuelle et sexuelle. Si les services de prévention ne sont pas renforcés, la violence sexuelle et basée sur le genre restera un problème critique en Haïti, en particulier chez les plus jeunes et les plus vulnérables.

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