Rapport de l'ONUSIDA: La forte mortalité due au sida nous rappelle que la lutte contre le VIH est loin d'être terminée

Rapport de l'ONUSIDA: La forte mortalité due au sida nous rappelle que la lutte contre le VIH est loin d'être terminée

Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous une réaction de MSF à la publication ce matin du rapport d'ONUSIDA faisant état de 770.000 décès dans le monde dûs au HIV en 2018, loin des objectifs fixés à moins de 500.000 en 2020. Depuis 2014, le nombre de décès a à peine baissé alors que l'utilisation à temps d'outils de diagnostic et de traitements efficaces pourrait éviter de nombreux décès. Ceux-ci découlent principalement de diagnostics tardifs, d'interruptions dans les traitements et aux échecs virologiques et immunologiques chez les personnes sous traitement.

MSF appelle les gouvernements, ministères de la Santé, agences internationales, donateurs et organisations partenaires à renforcer leurs efforts pour réduire la mortalité des personnes vivant avec le VIH.

Pour info, des interviews sont possibles depuis Bruxelles.

Cordialement,

Raphaël Piret

770 000 personnes sont mortes du VIH dans le monde en 2018. Ces chiffres inquiétants apparaissent dans le rapport global ONUSIDA 2019 publié aujourd'hui à Eshowe, en Afrique du Sud. L'utilisation dans les temps d'outils de diagnostic efficaces et de médicaments pour traiter le VIH / SIDA pourrait prévenir la plupart des décès, mais le nombre annuel de décès dus au SIDA n'a que très peu diminué depuis 2014, une préoccupation réelle pour MSF. Même si 2 millions de personnes supplémentaires sont sous traitement antirétroviral, toutes les parties concernées doivent faire plus pour lutter contre les infections mortelles responsables du décès par SIDA, à commencer par la tuberculose et la méningite à cryptocoque. 

"Dans les hôpitaux soutenus par MSF en République démocratique du Congo, en Guinée, au Malawi et ailleurs, de nombreux décès surviennent dans les 48 heures suivant l’admission des patients", explique le Dr Gilles Van Cutsem, responsable du groupe de travail sur le VIH / SIDA de MSF. Les patients arrivent très malades, souvent avec des infections opportunistes graves telles que la tuberculose, la méningite à cryptocoque ou le sarcome de Kaposi. Quand ils arrivent, il est parfois trop tard pour les sauver. Ils n'ont peut-être pas été diagnostiqués à temps, ou n'ont pas accès à un traitement qui leur sauverait la vie. " Les décès sont principalement dus au retard du diagnostic, aux interruptions de traitement et aux échecs virologiques et immunologiques chez les personnes sous traitement.

 L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que plus de 30% des personnes qui commencent un traitement contre le VIH dans le monde ont une maladie avancée avec une suppression immunitaire sévère, ce qui les expose à un risque très élevé d’infections opportunistes et de décès. La tuberculose est la cause d’un décès sur trois dans le monde. La méningite à cryptocoque touche chaque année des centaines de milliers de personnes infectées par le VIH et représente entre 15% et 20% des décès liés au SIDA. D'autres infections opportunistes graves contribuent à la mortalité liée au SIDA, bien qu'elles puissent être guéries, telles que pneumocystose, pneumonie bactérienne, sepsis, etc. Cependant, très peu d'attention a été accordée à la détection et à la gestion des personnes atteintes du VIH à un stade avancé, ainsi qu'à l'accès au diagnostic. Les tests et le traitement de nombreuses infections opportunistes sont sévèrement limités.

Dans les pays où MSF est présent, les outils de diagnostic, tels que la numération des CD4, indispensable au diagnostic de la maladie à VIH avancée, font souvent défaut. Le TB-Lam et le CrAg LFA, des tests permettant un diagnostic rapide de la tuberculose et de la méningite à cryptocoque, restent également indisponibles, en particulier dans les centres de soins de santé primaires. « De nombreux patients se rendent d'abord dans les centres de soins de santé primaires lorsqu'ils se sentent malades. Si ces centres ne sont pas équipés et formés pour détecter le VIH à un stade avancé, les patients à risque resteront non détectés et non traités ; leur état va s’aggraver jusqu'à ce qu'ils soient en phase terminale. Certains seront ensuite dirigés vers des hôpitaux qui manquent souvent des outils de base pour les prendre en charge », explique Gilles Van Cutsem.

En 2016, les États membres des Nations Unies ont approuvé l'objectif consistant à réduire de 50% le nombre de décès dus au SIDA d'ici 2020 pour atteindre moins de 500 000 par an. A moins de six mois de l’échéance, nous sommes loin d’atteindre cet objectif. Le nombre de décès dus au SIDA n’a diminué que de 30 000 personnes par rapport à l’année précédente, pour atteindre 770 000 en 2018, contre 800 000 en 2017 et 840 000 en 2016. La réduction de la mortalité stagne, avec plus de trois quarts de million de décès chaque année.

Les États membres des Nations Unies ont également accepté les objectifs 90-90-90 de l’ONUSIDA, selon lesquels 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 90% des personnes séropositives sont sous antirétroviraux et 90% des personnes sous traitement ont une charge virale indétectable.

Plus tôt cette année, MSF et le Ministère de la Santé sud-africain ont montré qu'il était possible d'atteindre les objectifs de 90-90-90, y compris avec une réduction possible de l'incidence, à Eshowe, une province du KwaZulu Natal en Afrique du Sud. Des résultats rendus possibles grâce à des services communautaires intensifs directement liés aux soins primaires, soutenus par la formation, le mentorat et le suivi. Bien qu'encourageant, l’exemple d’Eshowe reste néanmoins une exception et peu d'autres districts, provinces ou pays atteindront les objectifs de 90-90-90 en 2020. Dans de nombreux pays, la couverture en traitement antirétroviral reste trop faible pour avoir un impact sur la mortalité et la morbidité. En particulier, les pays d'Afrique occidentale et centrale ont besoin d'une accélération de la riposte, mais ils sont confrontés à un déficit de financement international, notamment pour le traitement antirétroviral. Il est urgent que ces pays ou communautés obtiennent les ressources et le soutien nécessaires pour appliquer les leçons tirées des approches communautaires en matière de dépistage et de traitement du VIH, comme à Eshowe.

Les gouvernements, les ministères de la santé, les agences internationales, les donateurs et les organisations partenaires doivent intensifier leurs efforts pour réduire la mortalité des personnes vivant avec le VIH, en accordant une attention particulière à la prévention, à la détection et au traitement du VIH à un stade avancé et du SIDA.

"Nous ne pouvons pas nous réjouir ou parler de succès alors que des centaines de milliers de personnes continuent de mourir du SIDA chaque année parce qu'elles n'ont pas accès aux soins de base du VIH, parce qu'elles vivent dans des pays négligés ou parce qu'elles font partie de groupes de population négligés. La prévention, la détection et le traitement du VIH avancé et du SIDA exigent plus d’attention et de financement, en particulier dans les zones à faible couverture telles que l’Afrique de l’Ouest et Centrale et pour les populations négligées ", conclut Gilles Van Cutsem.

A propos de MSF/AZG

Médecins Sans Frontières est une organisation médicale humanitaire d’urgence, active dans plus de 60 pays du monde.