Politique de non-accueil :
l’Arizona franchit une nouvelle ligne rouge
Un consortium d’organisations humanitaires et de défense des droits des personnes étrangères publie aujourd’hui un nouveau rapport alarmant sur la politique de non-accueil en Belgique. Ses conclusions sont sans appel : la situation humanitaire s’aggrave et les fondements de l’État de droit sont bafoués.

Ce sixième rapport, coordonné par Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, le CIRÉ, Vluchtelingenwerk Vlaanderen, BelRefugees, Caritas International et le Hub humanitaire, couvre la période de juillet à décembre 2025. Il met en lumière, chiffres et données à l’appui, les conséquences directes des décisions prises par le gouvernement fédéral à l’été 2025.
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Rapport Politique de non-accueil.pdf
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Une crise humanitaire qui s’étend
Un seuil critique a été franchi : à côté des hommes seuls déjà massivement exclus du réseau d’accueil -près de 1.800 étaient encore sur liste d’attente en décembre 2025-, des femmes seules et des familles avec enfants se sont également retrouvées à la rue.
Des services saturés, des besoins en explosion
Sur le terrain, les organisations humanitaires tentent toujours de compenser les manquements de l’État, non sans difficultés :
- Un réseau d’accueil d’urgence saturé : 62 % des demandes d’hébergement introduites par des hommes isolés - toutes situations administratives confondues - auprès du Samusocial ont été refusées au second semestre 2025 par manque de place. Ce taux grimpe à 75 % pour les familles.
- Une pression sur l’aide alimentaire : le Hub Humanitaire a distribué 135.000 repas en six mois, soit plus de 800 repas chaque jour.
- Un accès aux soins en recul : conséquence directe de la réduction des financements, certains services bas seuil ont été forcés de réduire leurs activités, ce qui concentre les demandes liées à la santé vers des structures et des places de plus en plus réduites. Au Hub humanitaire, les consultations médicales ont été réduites de moitié dès novembre 2025, entraînant une hausse significative des refus de prise en charge. Ces difficultés d’accès aux soins se traduisent par des aggravations évitables de l’état de santé et une augmentation du recours aux services d’urgence.
Des droits fondamentaux non respectés
Les demandeur·euses de protection internationale à la rue sont privé·es des services
essentiels : hébergement, alimentation, soins médicaux et psychologiques, assistance juridique. Ces besoins relèvent pourtant de la responsabilité de l’État et de Fedasil, qui ne peuvent se décharger de leur responsabilité sur les ONG.
Les 16.000 décisions de justice condamnant Fedasil à accueillir les personnes concernées ne permettent toujours pas d’infléchir la politique menée par le gouvernement. La tension entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire n’a jamais été aussi vive et rappelle encore une fois que ce qui se joue ici est un enjeu fondamental : le respect de l’État de droit.
Des solutions ignorées
Nous le répétons inlassablement : des solutions existent. De nombreuses institutions, dont le Conseil de l’Europe, le HCR (l'agence des Nations unies pour les personnes réfugiées), Myria (Centre fédéral migration) et l’IFDH (Institut fédéral des droits humains), ainsi que les acteur·rices de terrain les ont formulées clairement : respecter les décisions de justice ; garantir un accueil digne aux demandeur·euses d’asile ; augmenter durablement les capacités d’accueil avec un budget et des moyens suffisants; maintenir les passerelles vers l’aide sociale ; mettre en œuvre un plan de répartition des personnes en demande de protection internationale.
Un appel urgent
Tant qu’une liste d’attente existe, que des personnes dorment dans la rue, que l’État refuse d’exécuter des décisions de justice et de prendre les mesures urgentes et structurelles qui s’imposent, la Belgique viole délibérément le droit à l’accueil.
Cette politique illégale, en place depuis fin 2021, a atteint un point de rupture et doit cesser immédiatement.
Quentin Barrea