PHOTOS: Elections en Centrafrique: des milliers de personnes encore déplacées dans des camps

Mardi 9 février 2016 — Bonjour,

Ce weekend devrait avoir lieu le tour final de l'élection présidentielle en République Centrafricaine, pays miné par les violences depuis plus de deux ans et le début d'une profonde crise politique. Ces violences ont amené de nombreux Centrafricains à fuir leur pays où à se réfugier dans des camps de déplacés, notamment à Bangui, la capitale.

Vous trouverez ci-dessous une sélection de photos de ces personnes vivant dans des camps, dans des conditions plus que précaires. COPYRIGHT: Luca Sola. Vous trouverez également un texte expliquant la situation et reprenant quelques témoignages de personnes déplacées.

Cordialement,

Raphaël Piret

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RCA: PAS D’ESPOIR DE RENTRER CHEZ EUX

Un calme nerveux règne alors que la République Centrafricaine attend le tour final des élections présidentielles qui doivent avoir lieu début février. Depuis septembre, un renouveau de flambées de violences intercommunautaires maintient la population en alerte, avec la crainte d’une nouvelle poussée de tensions à tout moment. La détérioration de la situation sécuritaire a également détruit l’espoir de 45 000 personnes déplacées dans le pays– et d’un nombre similaire de réfugiés qui ont fui dans les pays voisins- de retourner chez eux prochainement.

Dans la capitale Bangui, plus de 30 000 personnes ont trouvé refuge dans les camps de fortune surpeuplés et insalubres de la ville, ou dans les églises et les écoles. Pour permettre un accès à des soins de santé de qualité pour cette population vulnérable, MSF offre des soins de santé et mène des cliniques mobiles dans cinq camps aux alentours de Bangui. MSF gère également un hôpital et une  maternité à Mpoko, et offre des soins médicaux une fois par semaine à la mosquée centrale de l’enclave musulmane PK5.

Beaucoup de personnes des camps ont été témoins de scènes de violences choquantes et ont vu leurs maison pillées. Lucienne, une femme d’une quarantaine d’années, a fui sa maison il y a deux ans quand quatre de ses voisins ont été tués lors d’une flambée de violence. Depuis lors, elle a cherché un refuge sécurisé à Mpoko avec sa famille. « La vie est trop difficile dans le camp. C’est dangereux, sale et les vols sont partout » déclare-t-elle.

Dans le camp de Benzvi, localisé dans une partie de Bangui  relativement moins touchée par la violence, quelques 2000 personnes ont trouvé refuge. La plupart d’entre elles ont dû fuir leurs maisons en n’emportant presque rien, et dorment dans des tentes de fortune ou dehors à ciel ouvert. Afin d’obtenir de la nourriture, beaucoup comptent sur de petites parcelles de terre pour cultiver des cultures. 

MSF se rend à Benzvi deux fois par semaine pour délivrer des soins de santé. Sur une journée, MSF prend en charge en moyenne 150 patients, qui souffrent pour la plupart de la malaria, d’infections respiratoires ou de diarrhées, qui résultent pour la majorité des conditions déplorables du camp. Afin d’assurer aux résidents du camp un accès à de l’eau potable, MSF gère, en collaboration avec des organisations partenaires, un pompage d’eau et une station d’épuration qui délivre de l’eau purifiée à Benzvi et à d’autres camps en cas de panne dans l’alimentation en eau de la ville.

Ethna et Nadege ont vécu à Benzvi après que leurs maisons dans le district de PK5 aient été attaquées par des groupes armés. Elles sont amies depuis des années, et sont toutes les deux mères célibataires avec plusieurs enfants à nourrir. Ceux-ci sont tombés malades de la malaria à plusieurs reprises depuis qu’elles sont arrivées à Benzvi, cependant elles ont  reçu le traitement gratuit fourni par la clinique mobile de MSF. Pour survivre Ethna et Nadege cuisinent des cakes et les vendent dans la rue : « Nous avons tout juste assez de nourriture pour nous-même et nos enfants pour un repas par jour » déclare Ethna.

« Pendant la journée, plusieurs personnes retournent dans le quartier où elles vivaient, mais les gens ont trop peur de rester là-bas la nuit donc, ils dorment ici dans les camps » explique Reims Pali, qui travaille comme coordinateur de terrain pour MSF. Etant originaire de la République Centrafricaine, il a été témoin de la situation du pays tombé dans l’anarchie depuis les deux dernières années: « en comparaison avec les abus, les tués, les vols et les pillages dont les gens ont été témoins dans le quartier, ils se sentent relativement en sécurité ici. Mais, les conditions de vie sur les sites sont très difficiles. Ils vivent dans des tentes construites à partir de déchets et toutes trouées. Ils dorment sur des matelas au sol et sont exposés aux moustiques qui peuvent être porteurs de la malaria. A moins que la situation sécuritaire ne s’améliore, ils devront rester ici dans ces camps » ajoute-t-il.

NOTES A L’EDITEUR

Opérationnel depuis 1996 en RCA, MSF a aujourd’hui plus de 300 staffs internationaux et plus de 2000 staff centrafricains déployés dans le pays. En complément à ses activités à Bangui (allant des cliniques mobiles pour les déplacés, aux chirurgies d’urgence à l’hôpital général et à la santé maternelle à la maternité Castor), l’organisation gère des activités dans 15 autres endroits à travers le pays, et offre également une assistance aux réfugiés centrafricains dans les pays voisins : Tchad, Cameroun et en République Démocratique du Congo.

A woman sleeping on the floor underneath an old airplane in Mpoko camp, next to Bangui airport. During the day, some people return to the neighbourhood where they live, but they are too afraid to stay there at night so they then return to the camps.
17 year old Mireil has her baby weighed by a Medecins Sans Frontiers (MSF) staff member at an MSF hospital at a displaced persons camp in Benzvi, Bangui.
Portrait of 28 year old Zongamboy inside a shelter at a displaced persons camp in Benzvi, Bangui.
Interior of a large shelter at a displaced persons camp in Benzvi, Bangui.
Nadège is the mother of three children, two daughters, Gabriella and Abigaille, and a boy born one month ago, named Prosper. Nadège gave birth in BenZvi camp helped by a traditional midwife.<br/><br/>Ethna (see MSF159672) and Nadège are friends and used to live in the same neighbourhood. When violence broke out in December 2013, they decided to flee their home district in KM5 in Bangui.<br/><br/>Armed groups killed Ethna's grandfather and looted her whole house. Following the attack, she fled at first to the Saint Jacques camp but there was not enough space in the church, so they decided to flee again to Benzvi camp. She has been living in this camp for almost two years now.<br/><br/>The two women are unmarried and to survive, they sell cakes on the street. "We eat only once a day."<br/><br/>Since they moved in to the camp, Ethna and Nadège’s children have fallen ill with malaria several times, but have received treatment by Medecins Sans Frontiers (MSF’s) mobile clinic.<br/><br/>Sometimes, they try to return to their home area to see if they can go back there but it still very insecure.
General view of the a displaced persons camp in M'Poko, Bangui.
65 year old Amine at a at a camp for displaced people at the Central Mosque in Bangui.<br/><br/>Amina is from Bouca in the north of the country. One morning around 5am, armed groups surrounded her neighbourhood and pushed all Muslims inside a house and then set the house on fire. Amina was in a neighbour’s house watching the scene from the window. She was saved thanks to a Christian who protected and allowed her and some other mothers to escape. Amina found her four daughters and fled. One of her daughters paid for a ticket to go to Bangui while her daughters fled to Chad. That was three years ago, Amina often calls her daughters who now live in a refugee camp in Chad. Hachta (40), Apsita (35) and Kadidja (28) are healthy but have not been able to find work. Mariam (30), her fourth daughter died at his arrival in the camp following an illness. Amina would like to join her daughters but due to lack of money, she cannot. Today Amina survives thanks to the solidarity of the displaced families in the mosque, and the distribution of food in the camp.