Nigeria – Désastre sanitaire dans l’Etat de Borno

Mercredi 20 juillet 2016 — La situation sanitaire est critique dans l’Etat de Borno, dans le nord-est du Nigeria. Au moins 500 000 personnes déplacées et vivant dans des enclaves ont un besoin urgent de nourriture, de soins médicaux, d’eau potable et d’abri. Une mobilisation massive des acteurs de l’aide s’impose pour faire face à ce désastre sanitaire.

L’armée a repris le contrôle des principales villes et de quelques villages dans l’Etat de Borno. L’ampleur de ce désastre est désormais visible. Des centaines de milliers de personnes ont été coupées du monde extérieur, parfois depuis deux ans. Il s’agit principalement de populations déplacées regroupées dans des villes à présent tenues par l’armée et totalement dépendantes de l’aide extérieure. 

Une population qui vit en camp

Des évaluations faites par les agences des Nations unies et les autorités nigérianes ont montré la gravité de la situation. Suite à cela, des équipes de SEMA (l’agence d’aide de l’Etat de Borno), de la Croix-Rouge et de l’Unicef ont distribué des vivres et dispensé des soins médicaux et nutritionnels sur certains sites.

En juin, une équipe MSF a noté des taux de malnutrition et de mortalité très élevés à Bama, la deuxième ville de l’Etat de Borno. C’est aujourd’hui une ville fantôme, uniquement accessible avec une escorte de l’armée. La population, estimée à plus de 10 000 personnes, vit regroupée dans un camp. Malgré quelques distributions de nourriture et l’évacuation par les autorités de près de 1 500 personnes - parmi les plus vulnérables et malades - les taux de mortalité restent nettement supérieurs au seuil d’urgence et 15% des enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère. 

Une équipe MSF est maintenant à Bama pour renforcer les soins médicaux et nutritionnels. L’objectif est de réduire rapidement la mortalité et la malnutrition parmi la population déplacée. Les  cas les plus graves seront transférés à Maiduguri, la capitale de l’Etat du Borno. Autre d’axe d’intervention urgente, l’amélioration de l’accès à l’eau et des conditions d’hygiène dans le camp.

Avec 150 000 habitants dont environ 65 000 personnes déplacées, Monguno est une ville privée d’accès aux soins depuis janvier 2015. MSF prévoit de relancer les activités hospitalières et de prendre en charge les enfants atteints de malnutrition aiguë sévère parmi la population déplacée et résidente.

L'insécurité, une contrainte majeure

« Une aide massive est indispensable pour apporter des secours aux populations piégées dans les zones enclavées ou reculées,  explique le Dr Defourny. Car tout indique que la population d’autres villes se trouvent aussi dans une situation critique et ont besoin de nourriture et de soins médicaux. »

MSF fait d’autres missions exploratoires là où cela est possible. L’insécurité est en effet une contrainte majeure. Pour accéder à Bama, à Dikwa ou à des zones proches des lignes de front et exposées à des attaques de Boko Haram, une escorte de l’armée est indispensable.  

Maiduguri, la capitale de l’Etat du Borno, est en revanche une ville où des personnes continuent de se réfugier. Avec cet afflux de population, les hôpitaux sont saturés et refusent des patients. Ces derniers jours, six enfants malades de la rougeole n’ont pu être hospitalisés et ont été renvoyés dans le camp de déplacés où leurs familles venaient d’arriver. Accroître la capacité d’hospitalisation à Maiduguri est ainsi une autre priorité pour MSF. 

La population du camp de Bama est estimée entre 10 000 et 12 000 personnes © Claire Magone/ MSF