MSF diffuse un compte-rendu interne sur l’attaque de l’hôpital de Kunduz

Il révèle le point de vue depuis l’hôpital avant, pendant et après les frappes aériennes

Jeudi 5 novembre 2015 — Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous un communiqué de MSF sur la diffusion d'un compte-rendu interne après l'attaque de son hôpital à Kunduz, en Afghanistan, le mois passé. Basé sur le debriefing d'une soixantaine de collaborateurs qui travaillaient dans l'hôpital, il révèle le point de vue depuis l'hôpital avant, pendant et après les frappes aériennes qui ont fait au moins 30 morts parmi le personnel et les patients de MSF. Ce document, exceptionnellement rendu public par souci de transparence et pour couper court à toute spéculation, indique notamment clairement qu'il n'y avait pas de combats dans ou depuis l'enceinte de l'hôpital.

Vous trouverez en attachement le compte-rendu en anglais d'une douzaine de pages, ainsi que des photos de l'hôpital et une vidéo sur les commémorations organisées en début de semaine par de nombreuses sections de MSF dans le monde.

Je suis bien entendu à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

Cordialement,

Raphaël Piret

MSF diffuse un compte-rendu interne sur l’attaque de l’hôpital de Kunduz

Il révèle le point de vue depuis l’hôpital avant, pendant et après les frappes aériennes

Kaboul/Bruxelles/New-York, 5 novembre 2015 – L’organisation internationale médicale humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) diffuse aujourd’hui un document interne qui revient sur les frappes aériennes des forces américaines le 3 octobre sur son hôpital au nord de l’Afghanistan. L’examen chronologique des événements avant, pendant et immédiatement après les attaques aériennes ne révèle aucun élément expliquant pourquoi l’hôpital a été attaqué. Il n’y avait pas de combattants armés ou de combats dans l’enceinte de l’hôpital.

Le compte-rendu interne de MSF décrit des patients brûlant dans leur lit, du personnel médical décapité ou ayant perdu des membres, et d’autres abattus par l’avion alors qu’ils fuyaient le bâtiment en feu. Au moins 30 personnes ont été tuées, y compris 13 membres du personnel de MSF et 10 patients, 7 corps méconnaissables devant encore être identifiés.

« Depuis l’intérieur de l’hôpital, on voit que cette attaque a été menée dans le but de tuer et détruire, affirme Christopher Stokes, Directeur général de MSF. Mais nous ne savons pas pourquoi. Nous n’avons pas la vision depuis le cockpit ni sur ce qui s’est passé dans les chaînes de commandement militaires américaine et afghane ».

Les résultats préliminaires de l’enquête de MSF établissent clairement les faits depuis l’intérieur de l’hôpital durant les jours qui ont précédé et pendant l’attaque. Le compte-rendu inclut les détails de la transmission des coordonnées GPS et le journal des appels téléphoniques de MSF aux autorités militaires pour tenter d’arrêter les frappes aériennes. MSF avait conclu un accord avec toutes les parties au conflit afin que la neutralité de l’hôpital, basée sur le droit international humanitaire, soit respectée.

« Nous avons respecté notre partie de l’accord, le centre de traumatologie de MSF à Kunduz était un hôpital complètement fonctionnel avec des opérations chirurgicales en cours au moment de l’attaque américaine, explique le Dr Joanne Liu, Présidente internationale de MSF. La politique de MSF interdisant les armes dans l’enceinte de l’hôpital était respectée et le personnel de l’hôpital contrôlait complètement les bâtiments avant et pendant les frappes aériennes ».

Parmi les 105 patients présents pendant l’attaque figuraient des combattants blessés des deux parties au conflit à Kunduz pris en charge par MSF, ainsi que des femmes et des enfants.

« Certains rapports publics affirment que l’attaque sur notre hôpital pourrait être justifiée parce que nous soignions des Talibans, poursuit Christopher Stokes. Les combattants blessés sont des patients selon le droit international humanitaire, ils ne peuvent pas être attaqués et doivent être traités sans discrimination. Le personnel médical ne devrait jamais être puni ou attaqué pour avoir fourni des soins à des combattants blessés ».

Le document, qui fait partie d’une analyse en cours des événements menée par MSF, est basé sur soixante débriefings d’employés nationaux et internationaux de MSF qui travaillaient dans le centre de traumatologie de 140 lits, sur des informations internes et publiques, des photos de l’hôpital avant et après l’attaque, la correspondance par email et le journal des appels téléphoniques.

« L’attaque a anéanti notre capacité à soigner les patients au moment où nous étions particulièrement indispensables, souligne le Dr Joanne Liu. Un hôpital en fonctionnement qui traite des patients ne peut pas simplement perdre son statut protégé et être attaqué ».

(c) Andrew Quilty
(c) Dan Sermand/MSF
(c) Dan Sermand/MSF
(c) Dan Sermand/MSF
Vue aérienne après l'attaque. (c) MSF
Vue aérienne avant l'attaque (c) MSF

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