MSF appelle les autorités américaines à prolonger le statut de protection des Haïtiens aux États-Unis
Mercredi 29 avril, la Cour suprême des États-Unis examinera le statut de protection juridique de nombreux Haïtiens vivant aux États-Unis. L’administration Trump défendra l’argument selon lequel la situation en Haïti serait suffisamment sûre pour permettre le retour de centaines de milliers d’Haïtiens. Chaque jour, Médecins Sans Frontières (MSF) constate au contraire que la situation humanitaire se dégrade fortement en Haïti, au point de mettre en danger toute personne contrainte d’y retourner.

Plus de 350 000 Haïtiens vivant aux Etats-Unis pourraient être renvoyés en Haïti, si la Cour suprême leur retire le statut de protection temporaire (TPS). Ce statut, qui leur permet de vivre et de travailler aux Etats-Unis, leur a été accordé provisoirement à plusieurs reprises depuis le tremblement de terre de 2010, en raison des graves crises et de l’instabilité qui affectent Haïti. Or, contrairement à ce qu’affirme l’administration Trump, les équipes de MSF constatent que la situation en Haïti n’a fait que se dégrader depuis le déclenchement d’une nouvelle vague de violence en 2024.
« Haïti est devenu un endroit bien plus dangereux pour vivre, travailler ou se faire soigner », déclare Tirana Hassan, directrice générale de MSF USA. « Au cours des huit dernières années, Port-au-Prince et d’autres régions comme l’Artibonite et les départements Centre, ont sombré dans de graves crises humanitaires, marquées par une insécurité extrême et une forte dégradation des services essentiels, notamment l’eau, l’assainissement et les soins médicaux. Des groupes armés s’affrontent en permanence avec le gouvernement et ses partisans pour le contrôle du territoire. Les habitants sont exposés à des violences de toutes parts : ils sont pris entre les feux croisés, tués à des points de contrôle ou attaqués dans leurs propres maisons. »
Des besoins immenses en matière de santé
Selon les estimations des Nations unies, plus de 1,4 million de personnes ont fui leur domicile en raison de la violence en Haïti et se sont réfugiées dans d’autres régions du pays, souvent dans des zones où elles n’ont pas accès à des soins de santé adéquats et à des services essentiels. Depuis l’escalade des violences début 2024, plus de 60 % des structures médicales de Port-au-Prince ont fermé ou ne fonctionnent que partiellement. Certaines ont été pillées, incendiées et abandonnées, tandis que d’autres font face à des pénuries critiques de matériel, de médicaments ou de personnel. Dans la capitale, un seul hôpital public est encore en mesure de pratiquer des interventions chirurgicales, et il est constamment débordé.
Les jours les plus calmes, des centaines de patients font la queue dès le matin devant l’hôpital de MSF à Cité Soleil, pour des soins allant des urgences aux consultations de suivi pour des maladies chroniques. Les équipes de MSF qui gèrent des cliniques mobiles constatent une augmentation des maladies liées au manque d’eau potable. Le personnel de MSF s’efforce de répondre à des besoins immenses - et non satisfaits - malgré les coups de feu qu’il entend résonner régulièrement dans les quartiers où il travaille.
Une violence extrême au quotidien
Beaucoup de personnes ont trop peur pour se rendre dans des établissements de santé, même en cas de besoin urgent. « Les gens risquent leur vie simplement pour atteindre un établissement de santé — parfois en plein accouchement, après avoir été blessés ou après avoir survécu à des violences sexuelles », ajoute Tirana Hassan. Rien que la semaine dernière, des combats d’une extrême violence ont éclaté entre plusieurs groupes armés rivaux dans deux quartiers de Port-au-Prince, contraignant des centaines de familles à fuir leur domicile au milieu de la nuit, sous des pluies torrentielles.
« Durant le week-end des 18 et 19 avril, des membres de notre personnel nous ont appelés pour dire qu’ils étaient bloqués chez eux à cause des tirs et qu’ils n’avaient aucun moyen de fuir », explique Davina Hayles, cheffe de mission de MSF en Haïti. « Près de 40 personnes, dont des membres du personnel de MSF accompagnés de leurs familles, sont venues se réfugier dans notre hôpital de Cité Soleil, n’ayant nulle part ailleurs où aller pour se mettre en sécurité. »
« Nous appelons les décideurs américains à reconnaître cette réalité », poursuit Tirana Hassan. « C’est une situation intolérable pour les habitants d’Haïti, et renvoyer de force, depuis les Etats-Unis, les Haïtiens qui bénéficient du statut de protection temporaire ne ferait qu’aggraver la crise en les exposant davantage au danger. »
MSF travaille en Haïti depuis 35 ans. L’an dernier, ses équipes ont assuré 129 458 consultations médicales, dont 12 984 pour des enfants de moins de 5 ans, et assisté 2 812 accouchements. Elles ont réalisé 8 469 interventions chirurgicales, pris en charge 4 975 personnes survivantes de violences sexuelles, traité 3 419 personnes pour des blessures liées à la violence et effectué 19 819 séances de kinésithérapie.
A view of Solino neighbourhood, Port-au-Prince. Early 2024, an armed group took control of the area and emptied it of its population. In summer 2025, this group finally withdraw. As people have slowly started to return, they often find their houses completely destroyed and looted. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSF
A view of Cité Soleil hospital paediatric ward, in Port-au-Prince. Located in a vast enclaved area of Port-au-Prince entirely controlled by armed groups, this health facility is the only one accessible to the thousands of people who live there. 1,639 patients were hospitalized in 2025. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSF
A view of the waiting area of the MSF clinic set-up for the day in a church of Delmas 1 neighbourhood. On that day, about 300 medical consultations were provided. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSF
In Port-au-Prince, Elizabeth, nursing-assistant, examines a patient during a sexual and reproductive health (SRH) consultation at the MSF clinic set-up for the day in Delmas 1 neighbourhood. For most of the women of the area, it represents the only solution to access contraception, prenatal and postnatal checks, care for STIs, or preventive emergency treatments following a sexual assault. Since the beginning of 2025, SRH consultations represent about 20% of all the consultations provided by MSF as part of these clinics. Copyright: Sherlyne Mura/MSF
MSF community volunteers observe the damages inside Solino community health centre, in Port-au-Prince. Early 2024, the health facility was entirely looted and partially burnt, as an armed group took control of the neighbourhood and emptied it of its population. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSF
An MSF car is parked in front of Solino community health centre, in Port-auPrince. Early 2024, the health facility was entirely looted and partially burnt, as an armed group took control of the neighbourhood and emptied it of its population. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSF
An X-ray shows a bullet lodged in the chest of Linda, 21. Surgeons determined it was too risky to remove, so she will have to continue living with it. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSF
In an operating room at MSF’s Tabarre trauma hospital, an MSF doctor performs surgery on a patient wounded by a gunshot in Port-au-Prince. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSF
A view of the paediatric ward of Cité Soleil hospital. Located in a vast enclaved area of Port-au-Prince entirely controlled by armed groups, this health facility is the only one accessible to the thousands of people who live there. 1,639 patients were hospitalized in 2025. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSF
A nurse checks the vitals of a child who was brough to the MSF mobile clinic in Solino. The marks on his skin suggest that he is suffering from scabies: a disease caused by parasites, characteristic of unsanitary living conditions and of difficulties in accessing clean water and others basic hygiene products. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSF
In an operating room at MSF’s Tabarre trauma hospital, an MSF doctor performs surgery on a patient wounded by a gunshot in Port-au-Prince. Copyright: Marx Stanley Léveillé/MSFQuentin Barrea