MSF : Le raid aérien dirigé par l'Arabie saoudite contre l'hôpital d'Abs au Yémen ne peut être qualifié d'« erreur involontaire »

Vendredi 9 décembre 2016 — Médecins Sans Frontières (MSF) est extrêmement préoccupée par la récente déclaration faite par le porte-parole officiel de la JIAT (Joint Incidents Assessment Team) au Yémen, Mansour Ahmad Al-Mansour, au sujet du bombardement de l'hôpital d'Abs, dans le gouvernorat de Hajjah, survenu le 15 août 2016. Cette déclaration publique ne reflète pas les discussions survenues en Arabie saoudite entre MSF,  le JIAT et les forces militaires à la suite de l'attaque. MSF a également mené sa propre enquête sur l'incident, dont les conclusions ont été partagées avec les autorités saoudiennes.

[Le rapport est disponible à l'adresse  www.msf.org/sites/msf.org/files/yemen_abs_investigation.pdf].

À la suite des déclarations de la JIAT, MSF tient à souligner ce qui suit : 
 

Premièrement, cet hôpital d'Abs était clairement identifié à l'aide d'un grand logo (de 2 m sur 5 m) qui avait été peint sur son toit, l'hôpital était fonctionnel et son emplacement était bien connu.

Deuxièmement, la voiture ciblée se trouvait déjà dans l'enceinte de l'hôpital quand elle a été touchée. En fait, la voiture  – qui transportait au moins un blessé  – a traversé des zones inhabitées sur plus de 10 km avant d'arriver à l'hôpital et elle est restée garée à l'entrée de la salle d'urgence pendant plusieurs minutes avant d'être ciblée. Ainsi, il n'y a aucune possibilité que la voiture ait été « bombardée immédiatement » après la première attaque comme le stipule la déclaration publique.

Troisièmement, la déclaration de la JIAT fait état de sept décès. En fait, 19 personnes ont péri dans l'incident, dont un employé MSF, tandis que 24 autres personnes ont été blessées.

Quatrièmement, les coordonnées GPS de l'hôpital d'Abs avaient été partagées avec la coalition dirigée par l'Arabie saoudite au moins tous les trois mois depuis juillet 2015. Plus récemment, MSF a partagé les coordonnées GPS de toutes ses opérations au Yémen, y compris celles de l'hôpital d'Abs, le 10 août, soit cinq jours seulement avant l'incident.

Nous ne considérons pas cet incident comme une « erreur », mais plutôt comme la conséquence de la conduite d’hostilités dans le mépris du statut protégé des hôpitaux et des structures civiles.

Les parties au conflit doivent vérifier les environs avant de procéder à des frappes aériennes sur des cibles en mouvement et devraient prendre toutes les mesures de précaution pour éviter de tuer des civils et d'endommager les hôpitaux. Le raid aérien sur l'hôpital d'Abs illustre un mépris flagrant et inacceptable pour ces mesures.  

Le raid aérien sur l'hôpital Abs par des avions de combat saoudiens est totalement injustifiable, et MSF rejette fermement la justification publique de cette attaque par la JIAT. Sa déclaration prouve une fois de plus que les violations présumées du droit international humanitaire doivent être examinées par des organes d'enquête indépendants.