Les politiques gouvernementales européennes condamnent les migrants à l’horreur de la détention en Libye ou à la noyade

Vendredi 29 juin 2018 — Bonjour,

Vous trouverez ci-dessous un communiqué dans lequel MSF appelle les gouvernements européens à revenir à la raison sur leur politique migratoire. Pour info, aucune interview n'est malheureusment possible à Bruxelles aujourd'hui en raison de l'indisponibilité de nos porte-paroles.

Cordialement,

Raphaël Piret

Les politiques gouvernementales européennes condamnent les migrants à l’horreur de la détention en Libye ou à la noyade

Les gouvernements européens, qui se sont réunis à Bruxelles, doivent revenir à la raison et trouver une politique alternative à celle qui consiste à piéger des personnes vulnérables en Libye ou à les laisser mourir en mer. 

Les 19 et 20 juin, au moins 220 personnes se sont noyées, faisant de la semaine dernière la plus meurtrière de l’année en Méditerranée.

Ces tragédies peuvent et doivent être évitées. Mais les gouvernements européens ont bloqué les opérations de recherche et de sauvetage des ONG, en transférant la responsabilité des sauvetages aux garde-côtes libyens.

Les gouvernements européens financent, entraînent et équipent les garde-côtes libyens pour intercepter les bateaux en détresse et les ramener en Libye, où ils sont détenus dans des conditions inhumaines. Dans un développement sans précédent, quelque 2 000 personnes ont été renvoyées en Libye au cours du week-end dernier. À leur arrivée, elles ont été placées en détention, sans procédure légale.

Les mêmes gouvernements européens qui, il y a quelques mois à peine, condamnaient les marchés d'esclaves en Libye, sont en passe de renforcer des politiques et des pratiques qui exposent des êtres humains aux pires des souffrances.  Des personnes dont le seul crime est de fuir les conflits, la violence ou la pauvreté.

" Nous attendons des gouvernements européens qu’ils fassent preuve de décence et d’humanité,  déclare Karline Kleijer, responsable des urgences de MSF. Comment l’Europe peut-elle défendre le renforcement de sa coopération avec les garde-côtes libyens, dont la porosité avec les réseaux criminels est documentée, tout en criminalisant les ONG, comme le font les gouvernements italiens et français ? L’Union européenne doit associer les ONG à l’effort de secours en mer au lieu de les écarter comme on se débarrasserait de témoins gênants. Elle doit faciliter  les débarquements rapides dans des ports sûrs, c’est à dire hors de Libye, où les migrants sont soumis à des niveaux de violence extrême notamment dans des lieux de détention clandestins."

Dans les centres de détention officiels libyens, où l’accès des organisations humanitaires et internationales est très restreint, les migrants sont maintenus dans un état de grande vulnérabilité. Le mois dernier MSF a cependant été en mesure d’accéder à quatre centres de détention et a mené plus de 3000 consultations médicales. Ses équipes ont pu constater les effets délétères de l’extrême promiscuité, des conditions d’hygiène déplorables et du manque d’accès à l’eau sur la santé des personnes détenues.

Alors que  les besoins en termes de recherche et de sauvetage sont criants, une véritable campagne destinée à paralyser les actions des ONG s’intensifie. Les missions indépendantes de recherche et de sauvetage sont graduellement bloquées  dans les eaux internationales et se voient refuser l'accès aux ports locaux. Ce week-end, l'Aquarius était l'un des trois seuls navires de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale.

« Faire des ONG des boucs émissaires est un moyen  de détourner l'attention des vrais problèmes : le manque de solidarité  dans l'UE, le non-respect des engagements de relocalisation des migrants, et un système d'asile en miettes dit Karline Kleijer. Ces entraves  empêchent les ONG d’apporter l’assistance et la protection minimale à des personnes en détresse, ce qui devrait incomber aux gouvernements européens. Ce sont eux qui ont maintenant le pouvoir de vie et de mort sur ces personnes. "