Les noyades se multiplient pendant que les gouvernements européens bloquent les secours humanitaires en Méditerranée

Jeudi 12 juillet 2018 — Bonjour,

Aujourd'hui se réunissent à Innsbruck les ministres de l'Intérieur européens pour parler de leur politique migratoire, un mois après que l'Italie a bloqué l'accès à ses ports au bateau de sauvetage Aquarius affrêté par SOS Méditerranée et MSF. L'Aquarius est actuellement en standby à Marseille et ne repartira pas avant la fin du mois si la situation se clarifie. Durant ces quatre dernières semaines, le nombre de décès en Méditerranée centrale a grimpé en flèche: eniron 600 personnes, dont des bébés et des enfants, y ont perdu la vie. Comme MSF et SOS Méditerranée le soulignent dans le communiqué conjoint ci-dessous, cela signifie que la moitié des morts en mer depuis le début de l'année ont eu lieu quand il n'y avait aucun bateau de sauvetage d'ONGs actif en Méditerranée.

Pour info, des interviews en Français ou en Anglais sont possibles depuis Amsterdam.

Cordialement,

Raphaël Piret

Les noyades se multiplient pendant que les gouvernements européens bloquent les secours humanitaires en Méditerranée

Plus de 600 personnes tentant de traverser la Méditerranée centrale se sont noyées au cours des quatre dernières semaines, y compris des bébés et des petits enfants. Ces tragédies, qui représentent la moitié du nombre total de morts dans la zone en 2018, se sont produites car il n'y avait plus de bateaux de sauvetage d'organisations non gouvernementales (ONG) actives en Méditerranée centrale. Il y a un mois, le navire de recherche et sauvetage Aquarius, géré par SOS Méditerranée en partenariat avec MSF, a été empêché par les autorités italiennes de débarquer 630 personnes secourues en mer. D'autres blocages et obstruction des navires de sauvetage des ONG par les Etats européens ont suivi.

« Les décisions politiques européennes prises ces dernières semaines ont eu des conséquences mortelles. Le choix de laisser les hommes, les femmes et les enfants se noyer dans la mer Méditerranée est délibéré. C'est scandaleux et inacceptable, déclare Karline Kleijer, responsable des urgences à MSF. Plutôt que d'entraver la fourniture d'une assistance médicale et humanitaire vitale aux personnes en détresse en mer, les gouvernements européens doivent mettre en place des moyens de recherche et de sauvetage proactifs et dédiés en Méditerranée centrale ».

Alors que les navires de sauvetage des ONG opérant dans les eaux internationales entre Malte, l'Italie et la Libye ont été accusés de créer l’augmentation des départs par les politiciens européens, les récents événements en mer montrent que des personnes désespérées continuent de fuir la Libye. La violence, la pauvreté et les conflits poussent les gens à risquer leur vie et celle de leurs enfants.

Les gouvernements européens sont pleinement conscients des niveaux alarmants de violence et d'exploitation subis par les réfugiés, les demandeurs d'asile et les migrants en Libye, mais sont déterminés à empêcher les personnes d'atteindre l'Europe à tout prix. Un élément clé de la stratégie visant à protéger la Méditerranée consiste à équiper, former et soutenir les garde-côtes libyens pour intercepter les gens en mer et les renvoyer en Libye. Le renvoi des personnes en Libye ne peut être effectué légalement par les navires non libyens, car le pays n'est pas reconnu comme un lieu sûr. Les personnes secourues dans les eaux internationales de la Méditerranée ne doivent pas être renvoyées en Libye mais doivent être conduites dans un port sûr conformément au droit international et maritime.

En outre, les garde-côtes libyens soutenus par l'UE ont intercepté quelques 10 000 personnes cette année et les ont emmenées dans des centres de détention en Libye, au péril de leur santé et de leur vie. L'abdication de toute responsabilité de recherche et de sauvetage en Méditerranée en faveur des garde-côtes libyens ne fera que provoquer davantage de morts.

« La décision politique de fermer les ports aux personnes secourues en mer, et la confusion totale en Méditerranée centrale, ont conduit à une mortalité accrue sur la traversée maritime la plus meurtrière du monde, déclare Sophie Beau, vice-présidente de SOS Méditerranée. L'Europe porte la responsabilité de ces morts. Les gouvernements européens doivent réagir immédiatement et garantir que les lois maritimes et humanitaires internationales encadrant l'obligation de secourir les personnes en détresse en mer soient pleinement respectées ».