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La réponse négligée du Brésil face au COVID-19 conduit le pays à une vraie catastrophe humanitaire

Plus d’un an après le début de crise du COVID-19 au Brésil, la réponse donnée à l’épidémie en termes de santé publique n’est toujours pas efficace, centralisée et coordonnée. Le manque de volonté politique pour répondre de manière adéquate à la pandémie tue des milliers de Brésiliens.

Médecins Sans Frontières (MSF) appelle instamment les autorités brésiliennes à reconnaître la gravité de la crise et à mettre en place un système central de réponse et de coordination, afin d’empêcher de nouveaux décès évitables.

La semaine dernière, les décès dus au COVID-19 survenus dans le pays représentaient 11% des infections mondiales. Le 8 avril, 4249 décès dus au COVID-19, ainsi que 86 652 nouvelles infections, ont été enregistrés dans le pays en seulement 24 heures. Ces chiffres stupéfiants sont la preuve évidente de l'incapacité des autorités brésiliennes à gérer la crise sanitaire et humanitaire et à protéger les Brésiliens, en particulier les plus vulnérables, contre le virus.

Etat de deuil permanent

"Au Brésil, les mesures de santé publique sont devenues un champ de bataille politique", explique Dr Christos Christou, Président international de MSF. "En conséquence, les politiques fondées sur la science sont associées à des opinions politiques, plutôt qu'à la nécessité de protéger les individus et leurs communautés contre le COVID-19."

"Le gouvernement fédéral a pratiquement refusé d'adopter des directives de santé publique globales fondées sur des données probantes, laissant le personnel médical du pays gérer les nombreux malades dans les unités de soins intensifs, et improviser des solutions lorsque les lits ne sont pas disponibles", poursuit Dr Christou. "Cela a plongé le pays dans un état de deuil permanent et a conduit au quasi-effondrement du système de santé brésilien."

"La réponse au COVID-19 au Brésil doit commencer au sein de la communauté, et non dans les unités de soins intensifs", déclare Meinie Nicolai, directrice générale de MSF. "Non seulement le matériel médical tel que l'oxygène, sédatifs et équipements de protection individuelle doivent arriver là où il est nécessaire, mais le port de masques, la distanciation physique, les mesures d'hygiène strictes et la restriction des activités et déplacements non essentiels doivent être encouragés et mis en œuvre au sein de la communauté, conformément à la situation épidémiologique locale."

"Les directives en matière de soins COVID-19 doivent être mises à jour pour refléter les dernières recherches médicales, et les tests antigéniques rapides doivent être largement disponibles pour faciliter à la fois les soins aux patients et le contrôle de l'épidémie", ajoute Meinie Nicolai.

Gestion problématique dans tout le pays

La semaine dernière, les unités de soins intensifs étaient pleines dans 21 des 27 villes-capitales du Brésil. Dans les hôpitaux du pays, il y a une pénurie constante d'oxygène, nécessaire pour traiter les patients gravement malades, ainsi que de sédatifs, nécessaires pour intuber les patients gravement malades. En conséquence, nos équipes ont vu des patients, qui auraient pu avoir une chance de survie, ne pas recevoir soins médicaux appropriés.

"Les ravages dont les équipes de MSF ont été les premiers témoins dans la région de l'Amazonas sont maintenant devenus une réalité dans la majorité du Brésil", explique Pierre Van Heddegem, récemment coordinateur d'urgence pour la réponse au COVID-19 de MSF au Brésil. "Le manque de planification et de coordination entre les autorités sanitaires fédérales et leurs homologues étatiques et municipaux a des conséquences de vie et de mort."

"Non seulement les patients meurent sans avoir accès aux soins, mais le personnel médical est épuisé et souffre de graves traumatismes psychologiques et émotionnels en raison de ses conditions de travail", poursuit Pierre Van Heddegem.

Une autre limite est la pénurie de professionnels de santé locaux. Or, le personnel de santé étranger, et même les Brésiliens ayant des qualifications étrangères, ne sont pas autorisés à travailler au Brésil.  

La désinformation alimente la morbidité

La quantité incroyable de désinformation qui circule au sein des communautés au Brésil alimente le nombre de cas et de morts dans le pays. Les questions relatives aux masques, à la distanciation physique et à la restriction des activités et des déplacements non essentiels sont évitées et politisées. En outre, l'hydroxychloroquine (un médicament antipaludéen) et l'ivermectine (un médicament antiparasitaire) sont présentés par les politiciens comme un remède contre le COVID-19 et prescrits par les médecins à la fois comme prophylaxie et comme traitement du COVID-19.

Au Brésil, ce pays qui a vacciné 92 millions de personnes contre le H1N1 (grippe porcine) en seulement trois mois en 2009, la campagne de vaccination contre le COVID-19 avance à demi-vitesse. À ce jour, environ 11 % de la population ont reçu au moins une dose. Cela signifie que des millions de vies au Brésil, et même au-delà de ses frontières, sont menacées par plus de 90 variants du virus qui circulent actuellement dans le pays, ainsi que par tout nouveau variant qui pourrait apparaître.

"Au cours de l’année écoulée, les autorités brésiliennes n’ont fait que superviser la propagation incontrôlée du COVID-19 ", déclare Dr Christou. "Leur refus d'adapter des mesures de santé publique fondées sur des données probantes a fait enterrer précocement beaucoup trop de personnes. La réponse au COVID-19 au Brésil nécessite une réinitialisation urgente, fondée sur la science et bien coordonnée, afin d'empêcher de nouveaux décès évitables et la destruction du système de santé brésilien, autrefois prestigieux."

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MSF a commencé ses opérations médicales au Brésil en 1991, initialement en réponse à une épidémie de choléra et à un nombre élevé de cas de paludisme. En avril 2020, nos activités COVID-19 ont débuté par une assistance aux personnes sans-abri de São Paulo. Depuis, les équipes MSF ont travaillé dans huit États brésiliens et soutenu plus de 50 établissements de santé, en se concentrant sur la prise en charge des membres les plus vulnérables de la communauté. Au fur et à mesure de la progression de la pandémie, nous avons élargi notre champ d'action pour soutenir les systèmes de santé fragiles qui n'ont pas la capacité de dispenser des soins aux très nombreux Brésiliens malades du COVID-19. Nous soutenons actuellement les services de santé locaux accueillant des patients COVID-19 dans le nord du Brésil, dans les États de Rondônia, Roraima et Amazonas.

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A propos de MSF/AZG

Médecins Sans Frontières est une organisation médicale humanitaire d’urgence, active dans plus de 70 pays du monde.