Dix ans après la « Jungle » de Calais, des milliers d’exilés toujours piégés à la frontière franco-britannique
Le 24 octobre 2016 était lancé le démantèlement de la “jungle” de Calais, un des plus grands bidonvilles d’Europe, où jusqu’à 10.000 personnes exilées survivaient dans l’attente de traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni. Dix ans plus tard, le littoral Nord reste un point de transit pour de nombreux hommes, femmes et enfants, qui, après des périples souvent longs et dangereux, se retrouvent piégés à la frontière franco-britannique. Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur les conditions de vie indignes de la population et les graves conséquences sanitaires et appelle à un changement radical des politiques.
Aujourd'hui, il n’y a plus une « jungle » à Calais, mais de multiples campements dispersés sur tout le littoral Nord français, en raison de la politique dite du « zéro point de fixation » qui vise à empêcher l'installation durable de campements en multipliant les expulsions et en éloignant les dispositifs d'aide. Les personnes exilées sont ainsi repoussées vers des zones insalubres et dangereuses, souvent proches de grandes routes ou de voies ferrées, en périphérie des villes.
L’éparpillement des campements complique fortement l'identification des personnes vulnérables et donc l’intervention des associations. Les équipes de MSF constatent quotidiennement les conséquences de cette politique. Les personnes rencontrées souffrent fréquemment de troubles du sommeil, d'anxiété, de dépression ou de syndrome de stress post-traumatique. L'instabilité permanente, les expulsions répétées et l'absence d'un lieu sûr où se reposer aggravent leur état de santé mentale. Les conditions de vie constituent aujourd'hui l'un des principaux facteurs de détresse identifiés par MSF, au même titre que les naufrages dans la Manche ou la perte d'un proche.
À Dunkerque et aux alentours, où quelque 2 000 personnes survivent dans des campements isolés, les différentes associations observent une présence croissante de femmes et de jeunes filles mineurs, largement invisibilisées et confrontées à d'importants obstacles pour accéder aux soins, en particulier en matière de santé sexuelle et reproductive. Une clinique mobile de MSF assure chaque semaine des consultations médicales, gynécologiques et un soutien en santé mentale.
Auditionnée en février 2026 dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire sur les conséquences des politiques migratoires à la frontière franco-britannique, Camille Niel, coordinatrice des activités de MSF en France, alertait :
« Aujourd’hui nous faisons un constat alarmant : en France métropolitaine, le littoral Nord est la pire zone de non-respect des droits et de non-protection des personnes en parcours d’exil ».
Quelques mois plus tard, les parlementaires concluaient que le dispositif humanitaire sur le littoral demeurait largement insuffisant et inadapté aux besoins des personnes présentes.
Pour MSF, cette décennie depuis le démantèlement de la « Jungle » est révélatrice de la brutalité des politiques migratoires menées par la France, la Grande-Bretagne et plus largement les pays membres de l’Union européenne. Ces politiques ne dissuadent pas les personnes exilées d'essayer de rejoindre le Royaume-Uni mais les plonge dans une extrême précarité ; elles fragilisent leur santé et les obligent à entreprendre des voyages toujours plus dangereux, au péril de leur vie. La situation sur le littoral Nord est intenable, un changement radical de politique s’impose.
A group of exiles wades through the water to reach an inflatable boat in an attempt to cross the English Channel, Grand-Fort-Philippe, France. Copyright: Michael Bunel
Registration process for women at the MSF mobile clinic. Copyright: Mohammad Ghannam/MSF
Asylum seekers and their families are using tents in the bushes as shelter. Copyright: Mohammad Ghannam/MSF
French law enforcement clears a makeshift camp in Calais. Copyright: Michael Bunel
Une infirmière MSF prodigue des soins à la main d’un migrant d’origine soudanaise. Les traumatismes physiques et les petites excoriations sont très fréquents parmi les personnes exilées qui survivent dans des campements insalubres et tentent quotidiennement de monter à bord de camions en direction du Royaume-Uni. 25/01/2024, Calais. Copyright: Stéphane LavouéQuentin Barrea