100 jours d'Ebola en RDC : la nécessité d'une réponse plus rapide et plus flexible pour endiguer la propagation meurtrière de la maladie
Bunia, RDC - 23 août 2026. 100 jours après la déclaration de l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC), Médecins Sans Frontières (MSF) alerte : les communautés ne bénéficient pas d'un soutien suffisant pour endiguer la maladie. Cette épidémie est devenue la plus importante et la plus meurtrière de l’histoire du pays. Elle continue de se propager à un rythme alarmant au sein de communautés qui sont, notamment, déjà confrontées au quotidien à des conflits, à la violence, aux déplacements et à la faim.

Il est urgent de renforcer la formation des professionnel·le·s de santé et des responsables communautaires en matière de dépistage des cas, d'orientation vers des services spécialisés et de mesures de prévention et de lutte contre l'infection au sein des communautés touchées par l'épidémie.
Au cours de la semaine écoulée, un décès dû à la maladie d'Ebola a été signalé toutes les 30 minutes environ. En date du 16 août, les autorités nationales avaient recensé plus de 5 000 cas confirmés et plus de 2 300 décès depuis le début de l'épidémie.
« Cette épidémie continue de se propager, à un rythme que la réponse ne parvient pas à suivre », déclare le Dr Javid Abdelmoneim, président international de MSF. « Les centres de traitement restent essentiels pour sauver des vies, mais cette réponse nécessite bien plus que des lits supplémentaires. Elle requiert un meilleur dépistage, l’isolement sécurisé des personnes malades et de leurs contacts, ainsi qu’un soutien aux professionnel·le·s de santé. Les personnes qui se rendent dans les structures de santé existantes doivent également être protégées contre l’infection. Il est essentiel que la réponse soit élaborée avec les communautés et non sans qu'elles y participent. »
Engagement primordial auprès des communautés
En Ituri, dans le camp de déplacé·e·s de Rho, près de Drodro, les responsables communautaires travaillent avec MSF pour encourager les personnes présentant des symptômes à se faire dépister, à s’isoler et à se faire soigner rapidement. Ils et elles promeuvent également des mesures de prévention et de lutte contre l’infection afin de réduire le risque de transmission au sein de la communauté. Dans ce camp surpeuplé, qui accueille près de 50 000 personnes, cette collaboration permet de limiter la propagation du virus Ebola et de réduire la mortalité.
« Nous connaissons nos communautés et savons comment atteindre nos concitoyen·ne·s », déclare Ezrome Kiza Lumani, un responsable communautaire vivant dans le camp. « Lorsque le virus Ebola est apparu, nous n’avons pas attendu. Nous avons discuté avec les familles, écouté leurs craintes et encouragé les personnes présentant des symptômes à se faire soigner. Nous avons un rôle crucial à jouer pour enrayer cette épidémie. »
Depuis que l’épidémie a été officiellement déclarée, plus de 60 % des décès dus à la maladie en RDC ont eu lieu en dehors – et souvent loin – des centres de traitement d’Ebola. Cela signifie que de nombreuses personnes meurent chez elles ou au sein de leur communauté sans recevoir de soins et que le virus continue de se propager avant même que les cas ne soient détectés. Il est inquiétant de constater que le nombre de cas augmente rapidement au-delà de l’épicentre situé en Ituri, la province du Nord-Kivu enregistrant des taux de mortalité particulièrement élevés ainsi qu’une grande méfiance à l’égard de la réponse mise en place.
« Alors que des cas apparaissent dans de nouvelles régions qui n’ont que peu, voire aucune expérience en matière de prise en charge d'Ebola, il y a un besoin urgent de professionnel·le·s de santé formé·e·s à la prise en charge de la maladie, non seulement au sein des centres de traitement, mais aussi directement au sein des communautés touchées », ajoute Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF en Ituri.
Soutien des équipes MSF et formation du personnel de santé
MSF intervient actuellement dans les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de la Tshopo et du Haut-Uélé. Dans les zones touchées, les équipes gèrent six centres de traitement Ebola, ainsi que des unités d’isolement, avec plus de 400 lits, soit un tiers de l’ensemble des lits disponibles pour toute la riposte Ebola. Plus de 1 400 membres du personnel MSF sont mobilisé·e·s pour soutenir cette réponse. Depuis le début de l’épidémie, nos équipes ont admis plus de 2000 patient·e·s, parmi lesquel·le·s plus de 800 ont été confirmé·e·s comme atteint·e·s de la maladie d’Ebola.
À Beni, dans la province du Nord-Kivu, nous avons travaillé à faire évoluer notre intervention pour l'ancrer au sein même des communautés. Nous soutenons les structures de santé existantes qui proposent également des services de médecine générale, indispensables pour sauver des vies. Cela permet de mettre rapidement en place un traitement systématique des symptômes. Partout où l'on lutte contre l'épidémie en RDC, il faut redoubler d'efforts pour que les personnes puissent bénéficier des soins dont elles ont besoin au plus près de chez elles.
« Les professionnel·le·s de santé et les responsables communautaires doivent être formé·e·s pour aider à détecter les cas à un stade précoce, orienter les personnes en toute sécurité, renforcer la prévention et le contrôle des infections, et se protéger elles-mêmes ainsi que les autres contre la contamination », poursuit Trish Newport. « L’Organisation mondiale de la Santé, d’autres agences des Nations unies, les organisations humanitaires, notamment MSF, et le ministère congolais de la Santé doivent de toute urgence généraliser cette formation et soutenir ces efforts. »
Des responsables communautaires comme Emery Guba Mateso, lui aussi originaire du camp de déplacé·e·s de Rho, partagent leurs expériences afin d'encourager les gens à se faire soigner. Il a perdu son fils, emporté par Ebola, et a lui-même survécu à cette maladie par la suite.
« En tant que personne ayant survécu à la maladie d’Ebola, le message que je souhaite transmettre à ma communauté est le suivant : dès l’apparition des premiers symptômes, il est important de chercher rapidement des soins médicaux, car un accès précoce à un traitement adapté augmente les chances de guérison », conclut Emery Guba Mateso.
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Photos du CTE Elikya à Bunia
L'équipe de Jonathan regarde le cercueil quitter le centre. Malgré l'habitude dans leur travail, ils se savent en première ligne et sont conscient de l'importance de travailler dans un cadre le plus sécurisé possible. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Le docteur Alex Bonane Murutsi pose fièrement avec des patients dont il s'est occupé depuis leur arrivée. La guérison totale est proche, ils discutent de leur sortie. "Ndora à droite avait présenté tous les symptômes de la maladie: détresse respiratoire, hémorragie, gastroentérite. Et voilà aujourd'hui, il se porte bien, grâce à notre prise en charge. Charlotte, juste à côté, présentait les mêmes symptômes. Elle était arrivée dans un état grabataire. On ne savait pas si elle allait survivre. On les a tous suivis pendant plusieurs jours et les voir en bonne santé aujourd'hui, ça me rend très fier et je suis heureux pour eux. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
MSF a mis en place une structure innovante, qui permet à la famille de voir une dernière fois leur proche en toute sécurité. Les hygiénistes place le corps sur une table, qui est séparée de la zone verte par une vitre. Il y a beaucoup de rumeurs qui ciruclent disant que les cercueils sont vides, que les corps ne sont pas les bons. Ceci permet d'établir un lien de confiance avec les familles et de leur laisser une dernière au revoir à leur proche. Pour certains, ils ne l'ont plus vue depuis qu'il/elle a été admis dans le centre. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
C'est une première dans la réponse de MSF face à l'épidémie, une tente d'observation rapprochée. Les patients qui sont dans un état critque mais qui ont des chances de s'en sortir sont transférés dans ces tentes un peu particulières. Elles permettent aux équipes médicales de garder un oeil sur les paramètres vitaux des patients mais également d'administrer des médicaments ou de donner du matériel aux équipes à l'intérieur. Le tout, sans devoir mettre la combinaison de protection personnelle. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Sarah s'occupe de nettoyer les bottes, les masques et tabliers qui ont été utiliser dans les zones à risques. Il est important de bien les désinfecter et s'assurer qu'il n'y a pas de virus qui pourrait exposer les personnes qui doivent les manipuler par la suite. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Des staffs s'occupent de leurs patients dans la zone des cas confirmés. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Deux infirmières viennent voir Pierrette, patiente dont les résultats ont confirmé son infection au virus depuis plusieurs jours. Son état s'est nettement améliorée depuis sont arrivée au centre. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Une infirmière est au chevet d'un patient dans une tente de soins rapprochés. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Jérémie, hygiéniste, s'occupe d'habiller un infirmier. Son travail est essentiel pour s'assurer que l'équipement est bien mis. Ceci pour assurer au maximum la sécurité des personnes qui vont au contact des patients infectés. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Serge a 22 ans et a rejoint la réponse de MSF contre l'épidémie. Il est en charge de sprayer les chaussures de toute personne qui rentre dans la zone à risque. Il acquiert de l'expérience avec cette position et rencontre beaucoup de personnes. Tout le monde le connait, il est le portier. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
À la sortie de la morgue, les équipes de la Croix-Rouge sont présentes et désinfectent à leur tour le cercueil avant de le prendre en charge vers un cimetière. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Déo travaille dans le labo qui se trouve dans le centre même. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Le centre Elykia est le seul centre de traitement Ebola à avoir son propre laboratoire. Avant sa mise en place, il fallait parfois attendre une semaine pour obtenir les résultats des patients dits "suspects". Alors que certains affluaient au centre car ils développaient des symptomes s'apparentant à ceux du virus, d'autres s'y rendaient également sans savoir s'ils étaient véritablement infectés. En effet, les symptomes de la "phase sèches" sont similaires à d'autres maladies. Maux de tête, fièvre, mal de gorge. La durée d'attente pour définir si une personne est confirmée mettait à risque les personnes qui ne l'avaient pas. Grâce au labo, les résulats arrivent en moins de 24h. Ce qui permet de décharger les personnes qui ne sont pas infectées plus rapidement, d'isoler les cas confirmés, de désengorger le centre mais également de transmettre les bonnes informations aux centres médicaux qui recevront les patients qui n'ont pas le virus mais qui sont quand même malades. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Vue aérienne du centre de traitement Ebola Elykia, à Bunia, dans la province de l'Ituri, en RDC. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Une fois le sac mortuaire et le cercueil bien désinfectés, ils le referment. Lorsque une personne décède à cause du virus, il est hautement contagieux. Il faut donc redoubler de prudence et ne pas se précipiter. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
David, Bruno et Makigloire sont tous les trois confirmés mais sont parvenus à vaincre la maladie. Malgré les rumeurs qui circulent dans la communauté, ils se sont rendus au centre et ont pu être pris en charge à temps. Ils sont aujourd'hui guéris et ont pu rejoindre leurs familles. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
L'allée principale de la zone des cas confirmés. Chaque tente peut accueillir jusqu'à 10 patients. Celles et ceux qui sont stables et en meilleure forme parviennent à sortir et se reposer dehors. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Toussaint, promoteur de la santé, explique aux membres de la famille d'un défunt comment se déroule ce moment important dans leur deuil, voir un dernière fois leur proche. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
L’un des sites de chloration de l’eau soutenus par MSF près de la rivière Ruzizi, dans la province du Sud-Kivu, en RDC. Ces points d’approvisionnement sont désinfectés afin de fournir une eau potable sûre et de prévenir la transmission du choléra. Copyright: Ley Uwera
Florence Dorcasse (deuxième en partant de la gauche) est la présidente de l'association AVEC (Association Villageoise d'Épargne et Crédit). Elle organise avec MSF des séances de sensibilisation pour les femmes dans le local de l'association, situé à Matalata, quartier de la zone de santé de Shari, à l'est de Bunia. Parmis les femmes présentes, Élisa, Foura, Justine et Gertrude accepte de poser devant le local, à la fin de la séance. Copyright: Julien Dewarichet/MSF
Nathalie s'occupe des prélèvements qui ont été fait par les équipes et lance les analyses. Test PCR ou analyses biochimiques, il faut pouvoir établir si un patient est porteur du virus mais également les paramètres des patients confirmés afin de répondre aux potentiels dysfonctionnements du corps lié à la maladie. Copyright: Julien Dewarichet/MSFQuentin Barrea